Archive pour la catégorie 'Marine Plaisance'

Salon nautique (2) : la profession serre les fesses

En dépit des communiqués de presse survitaminés de l’organisateur (le géant anglais Reed Exposition) le prochain Salon nautique de Paris (5 au 13 décembre) sera celui de la dernière chance pour plus d’un exposant. C’est que, derrière les paillettes d’une fête artificielle se profile le spectre de la catastrophe économique pour plusieurs d’entre eux et pas seulement les plus petits. Nombreux sont ceux qui réalisent au Salon de 20 à 50% de leur chiffre d’affaires annuel ; si le Salon « marche » ils tiendront le coup, s’il ne marche pas… Les paillettes n’y changeront rien.
D’où l’incertitude prévisible et la prudence des responsables du Salon (à distinguer des organisateurs) en matière de résultat. Ils croisent les doigts et attendent…
Tout se ramène à une affaire de gestion. Crise ou pas, il y a ceux qui étaient déjà gravement malades… et les autres. Amel chantier sérieux de taille modeste affiche de bons résultats parce que sagement géré. Plastimo, grande marque, tout feu tout flammes, qui à une dette égale à  un an de chiffre d’affaires ( ! ), n’est pas en très bonne position… La crise n’y est pour rien.
Quoi qu’il en soit, si le Salon est bon, il ne fera qu’apporter une bouffée d’oxygène aux entreprises, leur permettant de tenir jusqu’à la mi-2010 date à laquelle on attend la reprise… Il ne pourra en aucun cas éviter les regroupements obligatoires que la crise va accélérer.
Comme il faut bien se raccrocher à une bouée de sauvetage, les experts disent que les derniers Salons de l’automne (Cannes et La Rochelle) ayant été « acceptables » (euphémisme ?) ils espèrent que celui de Paris le sera aussi. Ce qui incite Tibor Sillinger, Président du Salon à reprendre à son compte la célèbre réplique : nous vivions dans la crainte, nous vivons dans l’espoir.
•  Dans notre prochain billet, nous donnerons le point de vue du visiteur.
Maurice Duron

Comment s’en débarrasser

Entendu à la porte d’une déchetterie de Bretagne sud :
- Tu sais ce qui est arrivé ?
- Ouais,  je sais… Mal mouillé le bateau, sans doute ?
- Sais pas, en tout cas il est allé se fracasser sur les roches de Toul Bihan. Perdu, quoi.
- C’est con.
- Oui c’est con…  Obligé de ramasser les morceaux ; vous prenez ça ici ?
- Non, on prend pas le polyester… trop polluant. Mais il paraît qu’il y a une usine de retraitement dans le nord qui le prend.
- Ah bon, où ça ?
- Sais pas… Gaffe, tout de même, ils vont te faire payer le transport, aller-retour, et puis le démontage, le découpage, le traitement d’élimination, ça se paye au poids. Finalement ça va te coûter dans les…
- Attends, c’est plus cher que le bateau !
- C’est bien possible.
- Qu’est-ce que je peux faire ?
- Ma foi… (un temps)… écoute, t’amène ça un soir, près du tas de bois, derrière les déchets verts, on cramera le tout dans huit jours…
Je n’invente pas un mot.
Au fait, où en est l’opération « Bateaux de plaisance hors d’usage » ?

D’Artagnan

Salon Nautique : première piqûre de rappel

D’accord, ce sera le grand cirque, comme d’habitude, mais il est incontournable. Le 49e  Salon Nautique devenu bêtement Nautic, (causons français !) sera au mouillage à la Porte de Versailles à Paris du 5 au 13 décembre prochain. On y annonce comme toujours, beaucoup de nouveautés,  affirmation qui prend cette année un sens particulier pour cause de tangage économique. Pour les organisateurs, il s’agit de dépasser le chiffre de l’an dernier : 252 000 visiteurs. Etant entendu que les curieux ne sont pas forcément les acheteurs.
Nous verrons bien…
En attendant ce qui se passe en coulisse, quand les bateaux arrivent, ne manque pas d’allure, comme le montre la photo ; du beau spectacle, et en plus, c’est gratuit !

Incroyable ! Payer pour mouiller son ancre…

D’aucuns en parlaient depuis longtemps mais sans vraiment y croire.
- Un jour, tu verras, on nous fera payer simplement pour mouiller notre ancre…
Eh ! bien c’est en train de se faire. Ange Santini président du Conseil exécutif de Corse vient de demander à l’Assemblée de Corse de faire payer les plaisanciers qui mouilleront leur bateau dans les Bouches de Bonifacio et de Scandola du 1er juin au 30 septembre. Et cela la main sur le cœur, pour financer la gestion des réserves naturelles et la création de « brigades bleues » comme le recommande le Grenelle de la Mer. On croit rêver, mais c’est vrai. Tout bateau ne justifiant pas d’un titre de stationnement dans un port de plaisance ou une zone de mouillage organisée en Corse sera taxé d’une redevance de 20 € par mètre à partir du 1er juin 2010 ! Sachez-le…
Notre commentaire : de deux choses l’une, ou bien l’environnement maritime est vraiment menacé par la sur-fréquentation (ce qui est probable) et dans ce cas on interdit tout mouillage ; ou bien on organise le racket et on continue comme avant.  En d’autres mots, on fait payer le droit de saccager les fonds. C’est la « solution » proposée.
Sans préjuger de l’utilisation des sommes collectées (pourquoi riez-vous ?) on peut se demander comment on peut régénérer des espèces animales ou des herbiers avec de l’argent ; passons…
Ange se frotte les mains de sa trouvaille, et défend avec acharnement le principe pollueur-payeur. Ouais… Mais en même temps il ouvre la porte à une pratique détestable qui pourrait être reprise, voire généralisée, par d’autres, sur le Continent cette fois…
Plaisanciers, mes frères, vous voilà prévenus.
Portos

On a bien aimé « Quarante ans aux Glénans »

Ce livre devait être fait ; il devait être fait comme ça, par lui, et pas autrement. Lui, il a tout connu, tout vécu, c’est une mémoire vivante. Sous sa plume, l’histoire de la prestigieuse école de voile s’anime, se dévoile ou se reconstruit. Pas l’histoire dite officielle, non, l’autre, celle du côté cour, là où les idées fusent où l’expérience se cherche où l’esprit souffle…
Sans flagornerie, Jean-Louis Goldschmid, directeur technique du Centre Nautique des Glénans fut l’interprète virtuose (et inspiré) de la « partition Viannay ».  Avec son irréductible volonté de comprendre, et de transmettre, il a ouvert à des milliers de jeunes gens  le sens de la responsabilité et de l’effort ; cela va bien au-delà de l’apprentissage basique de la voile, bien au-delà… Simplement la voile fut, pour lui, l’instrument élégant de son message. Allez Jean-Louis, t’avais vu ça depuis le début, on le sait, tu y as consacré ta vie, jusqu’à ta retraite, avec un réel bonheur. Chapeau Goldo !
Le bouquin est pointilliste, truffé de clins d’œil multicolores qui peu à peu s’assemblent et se constituent  en fresque ébouriffante ; ça sonne juste, et c’est parfumé d’humanisme. Du solide, quoi.
Alors, je ne vais pas vous raconter l’histoire, trop riche, vous verrez bien. Si vous avez le goût de l’anecdote – et de l’humour – , vous allez vous régaler, soyez-en prévenus ! Pisse-froid s’abstenir…
Finalement, on débouche sur un constat inoxydable : malgré le temps qui passe, tu restes, Jean-Louis, conforme à ta légende, que tu n’as sûrement pas cherchée. Pour nous, c’est ce qui pouvait  nous arriver de mieux.
M. D.
• Quarante ans aux Glénans – Octobre 2009 - Ouest-France Editeur

Portrait de bateau : le « Corsaire »

Corsaire 1Corsaire 2bapteme Corsaire DSCN0505Le Corsaire. Voilà le voilier le plus important de l’après-guerre. Conçu en 1954 par Jean-Jacques Herbulot ; il marque le basculement de la Plaisance élitiste vers la Plaisance accessible dont il fut l’indiscutable pionnier. C’est une réussite technique incomparable, fondée sur un concept simple et utilisant un matériau sûr et peu coûteux, le contreplaqué, facile à mettre en œuvre (construction à bouchains vifs). Au surplus, ses volumes de flottabilité (258 litres) en font un bateau pratiquement insubmersible.
Sa formule  permet  à deux personnes de vivre convenablement à bord (deux couchettes + une micro cuisine) et de naviguer dans de bonnes conditions de sécurité. Ce phénomène devait se révéler d’une excellente tenue à la mer, capable d’encaisser des grains vigoureux, et ne pas poser de problème de mouillage grâce à son faible tirant d’eau (dériveur lesté). Cerise sur le gâteau, ses lignes épurées lui donnent une silhouette racée, jamais ringardisée. Bref, vous l’avez compris, c’est un bateau qui me plaît beaucoup…
• Caractéristiques : 5, 50 m de long, 1,92 de large, lest 150 kg, tirant d’eau 0,55/1,00m, voilure standard 16 m².
Depuis sa création, le Corsaire a été dupliqué à quelque 3000 exemplaires sans compter la construction amateur difficile à estimer. Sa notoriété et sa réputation  ne furent jamais démenties. Aujourd’hui encore on en rencontre de superbes (comme neufs !) soutenus par une Association de passionnés, dynamiques et  volontaires. Signe qui ne trompe pas, d’anciens Corsaires, sont restaurés avec soin, et s’ouvrent à une seconde vie.
Non content d’être un précurseur, le Corsaire affiche une carrière d’une incroyable longévité et qui n’est pas près de s’éteindre. Pour preuve, l’AS Corsaire organise le 5 décembre prochain, à 17 h, au Salon Nautique, une manifestation pour le centenaire de la naissance de son concepteur, Jean-Jacques Herbulot (né en 1909 à Charleville-Mézières). On y attend beaucoup de monde et pas seulement des « corsairistes »; en tout cas, moi, j’y serai…
Maurice Duron
• Photos : à gauche, le Corsaire n° 5, à Hyères en 1954 ; à bord, Hélène, Jean-Jacques et Florence Herbulot (collection Florence Herbulot) ; au centre, en 2003 deux “Corsairistes” qui n’ont pas l’air franchement malheureux… (photo M. Gerber) ;  à droite : baptême d’un Corsaire entièrement rénové à Audierne en 2008.

Ces requins qui aiment tellement les bateaux…

Bon, je vais encore me faire des amis…
Je lis dans Ouest France du 28 octobre dernier, un papier gentiment acidulé, qui m’a fait hausser un sourcil. On sait l’estime que je porte au sponsoring et à la pub, tous deux grands manipulateurs du croc à phynance de l’inimitable Jarry. Je trouve qu’entre les lignes cet article en dit beaucoup. Quelques extraits.
Aller plus loin dans le domaine de la com’ et des relations publiques c’était un peu aussi l’objectif de « Groupama 3», explique Franck Cammas, skipper de ce trimaran taillé pour les records. Mon métier est aussi de passer la journée à faire naviguer des gens de Groupama. Ah bon ?
Un peu plus loin, Dominique Granado, en charge du sponsoring sportif déclare, le doigt en l’air  : Pour un collaborateur ou un client, naviguer sur un bateau unique est extrêmement apprécié.
Tant mieux pour eux, mais est-ce vraiment en jouant les promène-nigauds Continuer la lecture ‘Ces requins qui aiment tellement les bateaux…’

L’histoire dingue d’un skipper un peu fou…

kpt00472_4kpt00472_1De Pidgeon à Rebell la littérature maritime nous a familiarisés avec ces originaux qui courent la mer sur des engins fragiles. Eh bien ! en voici un nouveau -  et non des moindres – qui mérite toute sa place au panthéon des joyeux fous navigants. Je parle ici de  Eugeny Gvozdev natif du Daghestan ; on connaît peu son histoire. Et pourtant… Il a construit son voilier – faut le faire – dans son appartement ! Oh, un petit bateau de 3,70 m de long sur 1,40 de large, ni plus ni moins. En fait il l’a fabriqué sur son balcon (2e étage), ou plutôt à l’extérieur de son balcon tenu par un système de cordages… Il est ingénieur mécanicien et a décidé d’aller sur la mer jolie…
Avant de partir, en mai 1999, il s’explique : je n’ai pas un grand bateau. A grand bateau grands problèmes. Peu d’eau et peu de nourriture, pas d’électricité, de radio ou de GPS, pas de moteur non plus. Pas de femme, pas de  sexe…  Mais pas de problème.
A 66 ans, il appareille du port de Makhachkala sur la Caspienne et gagne on ne sait comment la mer Noire. Il emporte 250 litres d’eau et 3 mois de vivres, c’est tout. Mais il embarque bien d’autres choses. Le voilier est tellement chargé de pièces de rechange et d’outillage qu’Eugeny ne peut dormir que les jambes dehors dans le minuscule cockpit. J’en vois qui sourient : il n’ira pas bien loin…
Eh bien si figurez-vous ! Le gaillard fait tout simplement Continuer la lecture ‘L’histoire dingue d’un skipper un peu fou…’

Pêche plaisance et pêche déplaisante

La pêche amateur pose deux problèmes. Le premier pratique : c’est un loisir. Son impact sur la ressource globale est effectivement faible. Ce ne sont pas les plaisanciers qui mettent en danger les espèces pélagiques (thon rouge ou requin par exemple), mais leurs prélèvements sur les espèces côtières sont certainement bien supérieurs à 2%. Et puisqu’il s’agit d’un loisir ce n’est pas le volume du  tableau de chasse qui compte. Alors ? Si l’on réduit le matériel autorisé (je répète qu’il est trop important) on prendra moins de poisson… mais autant de plaisir.  Et, on préservera la biodiversité.
Le second problème est celui des faux plaisanciers, ces pêcheurs semi-professionnels qui passent leurs journées sur l’eau (et pas 15 jours par an !) prélevant sans retenue sur la ressource. Pour leur consommation familiale disent-ils, mais ils doivent avoir une grande, très grande famille… (Je ne parle pas ici de la traditionnelle godaille). En réalité, certains pêcheurs-plaisanciers (pas tous, bien sûr) vendent leur poisson aux restaurateurs et hôteliers locaux, à prix défiant toute concurrence. Je connais plusieurs petits ports où cela se pratique. Ceux-la ne payent aucune taxe, aucun impôt, et ne contribuent en rien au salut de notre économie, tout est « au noir »… Et en prime ils accaparent le travail des pêcheurs pros. Vous trouvez ça normal ?
Aramis (pêcheur occasionnel)

Les voiles du sud ne perdent pas le nord

T2C 2009 v3 PRINos amis Corses n’amusent pas le terrain… maritime. Deux belles manifestations viennent encore de le montrer.
• Le « Tropheo di mezzo passo », une régate réservée aux voiles latines. Douze voiliers (du petit gozzetti de 5 m au veliero de 13 m) ont tenté de s’expliquer entre la Corse et la Sardaigne. Malheureusement une pétole quasi totale a quelque peu perturbé l’épreuve qui fut finalement remportée par le sarde Maestro d’Ascia Angiulin. Mais quoi, ce furent tout de même de bons moments sur l’eau. Un regret pourtant, une seule barque corse le Saint-Joseph, (Sauvaire, Decherchi, Pilorget) a participé à l’épreuve. On espère mieux l’an prochain, grâce notamment à l’action de Latina Mora dont le noble but est de faire naviguer notre patrimoine.
• Le “Tour de Corse” sans escale, par l’est, alignant  47 concurrents dont pas mal de bêtes de course. L’édition 2009 leur a offert le grand jeu, ils ont tout eu, de la pétole nocturne  au vent frais, plutôt physique. Ça a conduit les skippers à jouer finement de leur savoir-faire, entre le près serré et le grand largue, en gardant un œil sur une nav souvent délicate. Une sacrée empoignade, orchestrée par une météo sournoise qui n’a pas fait dans la fioriture.
On n’a pas assez de place ici pour reproduire la relation succulente d’Alex Rolet  (classé 5e sur Ti Fermi Maï, skipper Nicolas Fauroux) et nous le regrettons ; mais on est tout prêt à vous l’envoyer si cela vous intéresse.
Finalement, ces gars du sud sont plutôt exemplaires dans leur façon de vivre la voile. Qu’ils continuent !
Maurice Duron
• Photo : un bord de près, grand voile arisée, au vent de la côte. Ça pulse…

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