Archive pour la catégorie 'Marine de Guerre'

Deux images pour le déplaisir

Stop, arrêtez tout ! Regardez attentivement ces photos et lisez la suite. Frisson assuré.
Ce que vous voyez est tout simplement le plus grand sous-marin nucléaire du monde. Il est russe, construit à six exemplaires du temps de la Guerre froide, dont quatre pourrissent dans le cimetière hyper pollué de Mourmansk. Son nom de code est Typhoon (nom russe : Requin).
• C’est un énorme bâtiment de 172 m de long, 19 de haut, 24 de large, d’un poids moyen supérieur à 25 000 tonnes en plongée. Précision technique, sa vitesse ne dépasserait pas 20 nœuds en plongée (pas très rapide), mais il serait totalement silencieux… La première image (l’arrière du monstre durant sa construction) montre le gouvernail de direction et les hélices, mais surtout les minuscules soldats qui doivent bien dépasser 1,80 m ! Ils donnent l’échelle… Hallucinant ! La seconde image confirme ce gigantisme inégalé à ma connaissance.
• Autre détail valant son pesant d’uranium, la propulsion est évidemment nucléaire ; sa force de frappe (également nucléaire) de 20 missiles de dix têtes chacun (donc 200 objectifs possibles) représenterait au total 1 400 fois Hiroshima ! Vous avez bien lu : 1400… (J’ai peine à le croire).
Bref, cette ultra-bombe, qui fait honneur au génie humain, croise peut-être au large de nos plages vacancières. Mais rassurez-vous, il voyage sous l’eau, vous ne le verrez pas… Youpi !
Cyrano
• Source : russe.htm

Le martyr de la bigaille (2ᵉ partie)

• Suite et fin du billet d’hier. Évidemment, la condition des mousses a évolué avec le temps. Sur les derniers voiliers marchands, au tournant du XIXᵉ et XXᵉ siècles, leur traitement n’est pas le même. Des règlements plus humains fixent leur statut, même s’ils ne sont pas toujours observés. Mais l’esprit de contrainte, de dureté, sensé former l’âme et le corps, est toujours appliqué.
Tout dépend finalement de l’humanité du “Grand mât”, qui règne sur le bord. On cite souvent L. Lacroix, A. Hayet, J. Recher – capitaines et historiens -  qui montrent un réel attachement à leurs hommes et spécialement aux mousses, qu’ils comprennent et protègent. Mais combien sont-ils à le faire, dans la cohorte des “Maîtres après Dieu” ? Peu, sans doute, très peu… Quand ils abordent le sujet, certains “connaisseurs” – qui ont un solide esprit de corps – citent toujours les mêmes anecdotes, les mêmes exceptions, et prouvent du même coup, qu’elles ne sont pas la règle.
• C’est probablement sur les bâtiments de grande pêche, les morutiers de Terre-Neuve, d’Islande et surtout sur les baleiniers (dont la campagne dure 18 mois ou 2 ans) que le sort des mousses est le plus douloureux ; les enfants travaillent comme les hommes, de 14 à 16 heures par jour, ils vivent dans la promiscuité, la crasse, la puanteur, pataugeant dans la tripaille des bêtes dépecées. Lire la suite ‘Le martyr de la bigaille (2ᵉ partie)’

Le martyr de la bigaille (1ère partie)

La bigaille, c’est le nom qu’on donne à l’ensemble des mousses servant sur un navire.
Dans l’imaginaire populaire, le mousse est un aimable garçonnet décidé à voir du pays et qui apprend le métier sur les grands voiliers de l’État, du commerce et de la pêche. Il est dégourdi, souriant, disponible, un rien charmeur.
Ça, c’est l’image d’Épinal pour les petits bourgeois pantouflards. La réalité est bien différente.
• Jusqu’au XIXᵉ siècle, les enfants sont embarqués comme mousse dès leur plus jeune âge : de 7 à 9 ans dit Alain Boulaire dans La Marine française (1). Le fils d’un officier du bord peut l’être à … 5 ans ! Dans la Marine marchande, à partir de 10 ans. Dans la Marine de pêche hauturière c’est à peu près pareil, et dans la pêche côtière, il semble ne pas y avoir de limite.
On ne peut s’empêcher de frémir en pensant à la condition des mousses dans les siècles précédents. En 1702, Aubin écrit que les mousses sont châtiés une fois par semaine, par principe, même s’ils n’ont rien fait. Plus tard, on les fouettera pour avoir un vent favorable…
Avec une grande pudeur les ouvrages du XIXᵉ précisent qu’en plus de leur apprentissage (déjà rude), ils sont employés dans tous les soins domestiques du bord, balayent le vaisseau, servent l’équipage, font la vaisselle. Placés sous la dépendance des matelots, ils sont fréquemment exposés aux mauvais traitements ; aussi la dure condition de mousse est-elle souvent imposée comme punition à des jeunes mauvais sujets. C’est, mot pour mot, ce qui figure dans le très sérieux “Dictionnaire Universel des sciences, des lettres et des arts” publié en 1880.
• De manière générale les matelots prennent les mousses pour des souffre-douleur, les frappent, les humilient, les accablent de travail, ne leur passent rien et ne les récompensent jamais. Ils forgent les caractères à renfort de coups, privations, humiliations. Peut-on imaginer la souffrance de ces enfants perdus dans un monde d’adultes rustres et violents aux exigences illimitées. A la mer, il n’y a pas d’échappatoire, mais parfois des suicides… Les sévices sexuels sont fréquents précise Alain Boulaire, mais soigneusement tus, car en ce temps, la sodomie était punie de mort.
La loi sur les Corps des équipages de 1882, donne enfin un statut aux jeunes adolescents ; l’âge de recrutement est de 12 à 14 ans. Cela ne change guère leur condition ;  le nombre des mousses est fixé à 1/15 de l’équipage sur les navires de guerre à raison d’au moins un mousse pour deux canons. Car ces enfants participent aux combats, ils ont même une spécialité très risquée : le transport de la poudre depuis la soute aux poudres jusqu’aux batteries. Gare au mousse qui ne revient pas assez vite ! Dans la guerre navale le canon ne peut attendre, la sanction sera terrible…
• Notre image (extraite de « La France maritime » – 1852 ) montre les préparatifs de l’abordage ; on distingue très bien, au milieu, un garçonnet (armé) chargé d’une gargousse  se hâtant vers sa batterie.
Aramis  
(1) La Marine française - Alain Boulaire – Editions Palentines, 2011.
(Suite demain)

L’engin qui fait peur aux pirates

Les navires de guerre, ce n’est pas vraiment notre truc, on est plutôt pacifistes… On ne peut pourtant pas les ignorer, surtout quand il s’agit de lutte contre la piraterie. Voici donc quelques images d’un engin venu d’ailleurs, mais qui est bien réel.
• Résumons. Les Américains sont extrêmement pragmatiques : ils ont des problèmes avec les pirates d’Afrique ou d’ailleurs. Qu’a cela ne tienne, ils conçoivent de nouveaux bâtiments, très fonctionnels, qu’on pourrait dire « futuristes », mais qui sont, tout simplement, adaptés à leur mission. En voici un, (il y en a d’autres) conçu sans a priori et qui se fonde essentiellement sur l’efficacité.
• Le navire, ou plutôt l’engin, LCS-2 (Littoral Combat Ship Independence), a été mis au point pour des interventions  rapides et près des côtes ; son concept se fonde sur une triple coque (on n’ose pas dire trimaran) longue de 127 m et large de 31,6m. Entièrement en alu, construit de façon modulaire, il est propulsé par un ensemble hybride réunissant 2 turbines à gaz, 2 diesels, 2 hydrojets ; le système lui assure plus de 50 nœuds en vitesse de pointe. Sa silhouette en forme de fléchette, avec une  vaste plate-forme-hélico, n’a rien de conformiste…
On remarquera que, même à pleine vitesse, la vague d’étrave est à peine visible, comme tranchée par une lame de rasoir ; de même, la « chose » semble étonnamment stable, même dans les virages ; enfin, son tirant d’eau paraît très faible, estimé par nous à environ 2 m. A noter aussi les ailettes sur la quille centrale rappelant un peu celle des grands voiliers de course.
On devine facilement sa mission : intervenir et pourchasser les fast boats des pirates, somaliens ou autres… La Navy projette d’en commander 55 unités !
L’armement (militaire) sans doute très sophistiqué, ne nous intéresse pas.
• Faites connaissance avec les images ci-dessus, et si le sujet vous intéresse, dites-le nous car nous avons aussi une vidéo à vous proposer…
• Nota - En France, on travaille sur des concepts voisins et aussi révolutionnaires, mais malheureusement, les vidéos disponibles ne sont que des simulations en 3D.
Cyrano
• Images – En haut à gauche, le monstre en cours de construction (ça fait penser à la Guerre des étoiles) ; au centre : le même, terminé, en cale sèche ; à droite : une silhouette vraiment peu conventionnelle.
Au-dessous, à gauche, : La fléchette en pleine vitesse… sans vague d’étrave ; au milieu : la plate-forme pour hélico (au-dessous, le garage) ; à droite : un virage à 43 nœuds, pas de gîte…

L’Hôtel de la Marine sauvé du pire ?

La commission sur l’avenir de l’Hôtel de la Marine, à Paris,  présidée par Valéry Giscard d’Estaing, vient de rendre son avis. Il est très clair. En substance  : Le monument appartient au peuple français. L’Hôtel de la Marine doit rester propriété de l’Etat et non cédé à des intérêts privés.
On ne saurait mieux dire. Il reste maintenant au président de la République de se prononcer. Quoi qu’il en pense, on le voit mal prendre une décision contraire. Attendons.

Février 1808, la mer emporte la batterie Napoléon

C’est un anniversaire. La triste histoire que voici s’est déroulée le 12 février 1808. L’Histoire (avec un grand H) l’a  complètement oubliée, et bien peu – mêmes érudits maritimes -  en connaissent l’existence.
• Bien avant le désastre de Trafalgar, (1805), Napoléon s’était aperçu qu’il disposait en pleine Manche d’un port tourné vers son ennemie absolue, l’Angleterre. Ce port est Cherbourg. Il entreprit donc d’aménager la rade pour en faire à la fois « un œil pour observer l’ennemi et un bras pour le frapper ». Son plan prévoyait de construire une longue digue en avant du port, contrôlant deux passes (est et ouest), avec en son centre, une batterie puissamment armée.
De forme arquée, la digue artificielle s’appuierait sur des hauts-fonds que des remblais à pierres perdues devaient surélever pour servir de base à tout l’édifice. En d’autres mots, il fallait construire une île factice avec des moyens pharaoniques pour l’époque.
Passons sur les travaux qui mobilisèrent soldats, ouvriers, femmes et enfants (on travaillait en famille) pendant de longues années. Début 1804, environ 1 200 d’entre eux vivent dans la batterie.
• Bien qu’inachevés les travaux sont inaugurés le 28 thermidor de l’An 12 (16 août 1804). La digue mesure 1 933 toises (3 767 m) de long et 30 à 40 pieds de haut (10 à 13 m). Au milieu trône la batterie Napoléon de 194,4 m de long sur 32,7 de large, bourrée d’artillerie et servie par 80 hommes. La forteresse est fière de son armement, les travaux d’achèvement se poursuivent. L’empereur a tout lieu d’être satisfait.
A tort…
• En 1807(*), plusieurs coups de torchons ébranlent la digue, creusent des brèches, inondent la batterie. Des blocs de pierre de plus de 2 mètres cubes sont arrachés, transportés. Le temps demeurant exécrable, il est difficile de réparer les dégâts. On fait ce qu’on peut…
Les effectifs ayant été réduits, ils ne sont guère que 300 à habiter encore ces lieux maudits dans la nuit du 11 au 12 février 1808. C’est grande marée, pleine lune, baro en chute libre : le coup de vent. Lire la suite ‘Février 1808, la mer emporte la batterie Napoléon’

Petite précision

Notre dernier billet intitulé « La déconstruction à petits pas » qui reprenait un écho de  Sciences et avenir fait état d’un tonnage à déconstruire par la Marine de l’ordre de 10 000 t. Le secrétaire de rédaction – sans doute terrien – s’est un peu embrouillé les pieds dans les aussières : il manque un zéro. Le chiffre le plus précis fait état de 98 000 t (arrondies à 100 000). C’est ce dernier qu’il faut retenir.
On se disait aussi, 10 000 t ça fait pas lourd…

Marine nationale : la déconstruction à petits pas

La France devrait se doter dès cette année d’une cellule de déconstruction navale, pour traiter ses navires de guerre à la retraite. Ce serait déjà ça, en attendant une filière plus généraliste. Le site n’est pas encore retenu, mais le bon sens paraît désigner Brest comme  implantation possible.
C’est environ 10 000 tonnes de ferraille qui pourraient être traitées chaque année ; c’est-à-dire assez peu. Mais ce serait un début. D’après Jean-Paul Hellequin, président de  l’Association Mor Glaz, le chiffre à déconstruire serait plus proche des 200 000 tonnes (*) .
Ne sont pas impliqués : les sous-marins nucléaires dont les installations très spéciales sont démembrées à Cherbourg. (Après cette opération les bâtiments ne peuvent plus se déplacer). Non plus que les chasseurs de mines du type Eridan dont la structure amagnétique en composite (tiens !) réclame un traitement spécial (composite : structure de fibre de verre, de carbone, ou d’aramide noyée dans de la résine  polyester, vinylester, epoxy, etc.). Il serait intéressant de savoir ce que la Marine va faire de ses coques en plastique. (A rapprocher de nos derniers papiers sur la déconstruction des bateaux de plaisance en plastique).
(*) hors sous-marins
Aramis
• Source : Sciences et Avenir – janvier 2011
• Photo – Le Colbert encadré de La Galissonnière et du Dupérré « en attente » à Landevennec. (Escales Maritimes)

Image atroce et mystérieuse

On a longtemps hésité avant de publier cette photo. Mais c’est un document, pardonnez-nous…
Nous ne savons rien de son origine, rien du lieu de cette scène terrible. Le chargement macabre de l’embarcation, ainsi que la présence du navire hôpital au second plan laissent penser que le cliché a été pris en temps de guerre (14/18 ?) dans un port militaire (présence de croiseurs au loin); la barque transporte à terre la dépouille des malheureux décédés en mer ou au combat.
Ce sont là de simples suppositions ; si quelqu’un peut nous éclairer sur ce document tragique, nous lui en serions reconnaissants.
Au dos du cliché, (qui semble être un contretype) la simple mention au crayon « Ile des morts ». C’est tout…

1855, “La Sémillante” coule entre Corse et Sardaigne

8034001280340015Cette histoire est un drame. Le 14 février 1855 au matin, la frégate française  La Sémillante, capitaine Jugan, quitte Toulon à destination de la Crimée où la guerre fait rage. Elle emporte 393 soldats, 293 hommes d’équipage, 16 passagers, du matériel, de l’armement. Jugan appareille sur ordre. La brise est modérée de nord-ouest, le temps maniable. Pourtant le baro descend. Vite. Il plongera jusqu’à 730 millimètres ce qui annonce du fort mauvais temps. Et ça se confirme , le beau temps ne dure guère, peu à peu le vent passe à l’ouest en forçant sans cesse.  Au large de la Corse, La Sémillante est en pleine tempête. Jugan qui connaît parfaitement les parages prend ses dispositions, il se présente devant les Bouches de Bonifacio, un étroit couloir entre la Corse et la Sardaigne  (regardez une carte). Sage décision, car  elle lui évite le risque d’être affalé sur la côte ouest de la Sardaigne. Mais la nuit tombe (les jours sont courts en février) le vent est maintenant sud-ouest ; le 15 au matin la frégate est emportée par un ouragan d’une force que personne n’a connue à Bonifacio. Le bâtiment est en danger. Lire la suite ’1855, “La Sémillante” coule entre Corse et Sardaigne’

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