Bon, fait pas chaud… mais c’est l’hiver. Dans l’océan Glacial arctique c’est une tout autre affaire ; dès l’automne, la banquise (eau de mer gelée) se met en mouvement, et devient un enfer froid.
En 1893, à bord du Fram, – le premier vrai navire polaire (notre image) -, le norvégien Nansen en donne une description pathétique. Ecoutez-le :
La lutte des glaces les unes contre les autres est à coup sûr un spectacle extraordinaire. On se sent en présence de forces titanesques (…). C’est d’abord comme un roulement de tremblement de terre très lointain, puis le bruit se rapproche et éclate en même temps sur différents points.
Les échos du grand désert neigeux, jusque-là silencieux, répètent ce mugissement en fracas de tonnerre… ; les géants de la nature se préparent au combat. Partout, la glace craque, se brise et s’empile en torros, et soudain vous vous trouvez au milieu de cette lutte effroyable. Tout grince et mugit, la glace frémit sous vos pas…, de tous côtés d’effroyables convulsions. A travers la demi-obscurité, vous voyez les blocs monter en hautes crêtes et s’approcher en vagues menaçantes. Dans les collisions , des quartiers épais de 4 ou 5 mètres sont projetés en l’air, montent les uns au-dessus des autres, ou tombent pulvérisés… Maintenant, de tous côtés vous êtes enveloppé par des masses de glaces mouvantes prêtes à débouler sur vous. Pour échapper à leur étreinte mortelle, vous vous disposez à fuir, mais juste devant vous la glace cède ; un trou noir s’ouvre béant et l’eau affluant par l’ouverture s’épanche à flots. Vous voulez vous sauver dans une autre direction ; à travers l’obscurité, vous distinguez une nouvelle crête de blocs en marche vers vous. Vous cherchez un autre passage, toute issue est fermée.
Froid dans le dos… ; vous voulez un grog ?
(Extrait de « Vers le pôle », Fridtjof Nansen, Flammarion Editeur.)