Si j’avais vu ça sur TF 1 j’aurais haussé les épaules, mais là, sur Arte…
Samedi 17 octobre, 20h45, un docu sur une expérience archéologique. Le but : reconstruire à l’identique et faire naviguer un voilier en usage sous la reine Hatchepsout, il y a 3500 ans. Pourquoi pas ? Sous le regard d’égyptologues distingués on assiste alors à la reconstruction, phase par phase. Intéressant. Mais peu à peu on s’aperçoit que les savants n’ont aucune idée du vocabulaire maritime ce qui donne au commentaire des allures surréalistes. Les bordés deviennent des planches de côté, les coutures des joints entre les planches, l’emplanture le trou du mât, le lest du ballast et les haubans des cordes accrochées de part et d’autre du mât, etc. En souriant un peu on arrive à comprendre, mais on se dit que la rigueur scientifique n’aurait rien perdu à appeler les choses par leur nom ; quitte à en donner une courte définition.
Pilote de l’émission, et spécialiste de « nautique ancienne » (?) Cheryl Ward aurait peut-être intéret à consulter, (la prochaine fois) Les mots de la mer de l’ami Christophe Hardy (Bellin Editeur) ou Les mots de voile et de vent (Autrement Editeur) que j’ai personnellement commis, il y a quelques années.
M. D.
Archive pour la catégorie 'Langage'
Naufrage sur Arte : un voilier sombre dans le ridicule
Publié 2 novembre 2009 Construction navale , Histoire , Langage , Voile Laissez a un commentaireVous avez dit « bateau-poubelle » ?
Publié 29 octobre 2009 Environnement , Généralité , Langage , Navires Laissez a un commentaire
L’expression bateau-poubelle est maintenant bien imprimée dans les esprits et prononcée ou écrite sans désemparer, aussi bien par les journalistes que par les hommes politiques. Or, c’est une erreur, et je suis heureux de constater que Alain Rey (linguiste et lexicographe bien connu) l’a récemment fait remarquer sur une radio nationale.
Pauvre monsieur Eugène Poubelle qui aura été un bienfaiteur de l’humanité citadine en imposant des réceptacles, théoriquement en bon état, pour recevoir les ordures ménagères ; il doit se retourner dans sa tombe en voyant utiliser son nom pour des navires qui, compte tenu de leur état de vétusté ou d’entretien, ne devraient plus naviguer. Les navires incriminés ne sont donc pas des « navires-poubelles » mais des « navires pourris » , ce qui n’est pas la même chose. Sur notre photo, où est le bateau-poubelle ?
Les seuls bateaux pouvant à la rigueur être qualifiés de poubelle sont des chalands ou des barges qui, dans les ports, sont chargés de collecter, ordures, déchets ou sables et vases de dragage. Pour l’anecdote, et au risque de nous faire morigéner par les féministes, signalons que les marins donnent à ces ces bateaux, en bon état, le nom de « Marie-salope »…
H. B.
Entre nous, savez-vous prendre une bonne bitture ?
Publié 3 août 2009 Divertissement , Langage 3 CommentairesPetites subtilités de langage autour d’un mot bien innocent… Quand un bâtiment prend ses bittures c’est qu’il se prépare à mouiller son ancre. Pour cela, les matelots disposent la chaîne sur le pont, d’un bord à l’autre, en « S » successifs, pour que la ligne de mouillage file sans à-coup. La bitture est dite parée, puis, engagée, et enfin prise. Hum… Evidemment, le mot porte à sourire car dans le langage populaire (et non marin) prendre une biture (un seul T) évoque tout autre chose qu’une manœuvre conventionnelle. Pourtant, quelques esprits pervers (dont nous) se demandent s’il existe un lien quelconque entre les deux expressions. Pour Alain Rey, dans le Petit Robert, biture pourrait être une altération de boiture qui s’entend comme boisson, ou débauche de boisson. C’est un indice. D’autres disent que la disposition de la chaîne en zigzag fait penser à la démarche d’un pochard roulant bord sur bord comme s’il installait une bitture imaginaire. C’est un autre indice. Enfin, le très sérieux Dictionnaire de la Marine à voile de Bonnefoux et Paris décrit la manœuvre et ajoute, avec une délicate circonvolution de langage, « bitture est encore un terme d’argot maritime par lequel on entend une dose de liqueur ou boisson spiritueuse prise avec abondance. » (En bon français : prendre une cuite). Troisième indice, qui semble établir un lien argotico-maritime entre les définitions, même si leur orthographe diffère un peu et que, sémantiquement, leur point de rencontre est difficile à fixer. CQFD.
Allez, une petite anecdote, comme ça, au passage… Dans la vieille Marine, du temps des grands trois-mâts, les matelots avaient l’habitude de ponctuer leurs débats par une interjection assez peu compréhensible : bourgeron ! Le mot servait à renforcer un argument ou à conclure une démonstration houleuse : “…Ouais, la Marie Corget, c’est bien la plus belle fille de Bordeaux, bourgeron !“
La plupart des grands auteurs maritimes évoquent ce mot très courant sans pouvoir avancer d’explication sur son sens ou son origine. Un bourgeron est en effet une sorte de blouse ou de sarrau porté par les artisans ou les soldats. Rien à voir avec la mer. Beaucoup d’exégètes s’y sont cassés les dents.
Finalement, après bien des débats, c’est le commandant Hayet, grand écrivain de Marine qui en propose la meilleure explication. Selon lui, le mot serait une déformation d’une insulte courante et plutôt cinglante : bougre de con ! Des mots qui ne se disent pas à la légère. Mais une insulte déformée, édulcorée, que l’on peut à l’occasion prononcer sans trop de risque devant un bourgeois… qui n’en comprend pas forcément le sens. Amusant, non ?
On devrait remettre le mot à la mode ; ne serait-ce que pour parler des pollueurs de la mer, des tueurs de baleines et des amateurs de jet-skis…
Atos
Quiconque s’intéresse à la linguistique maritime sera frappé par le nombre de mots proprement « terriens » utilisés dans le langage des marins ; à croire que le vieil antagonisme « Terre-Mer » est un mythe pur et simple, sorti d’affabulations malveillantes. Pourtant, les mots sont là, bien vivants, malgré, (pour certains), une sacrée bouteille… Pour illustrer ce constat, je me suis amusé à en relever quelques-uns en me limitant à l’animalerie courante (la faune) qui fournit un beau contingent d’exemples. Les voici.
Les bateaux d’abord. Les frégates qui font à juste titre l’orgueil de la Royale ; on nous les envie partout et pas seulement à Taiwan… Mais jadis nous avons eu les bécasses (excellentes barques méridionales), les mouches (petits éclaireurs d’escadre), les chats fort véloces (voiliers à voile et rame) et les chattes plutôt lourdes, genre de chasse-marée.
Les personnages aussi. L’albatros, ce vieux capitaine ayant viré les Trois Caps, du temps de la marine en bois, le coq, c’est-à-dire le cuisinier, bête noire de l’équipage affamé ; le chien du bord (maître de manœuvres) aux aboiements redoutables ; plus près de nous le crabe « simple » ou « chef » (quartier-maître), le pingouin, plus moderne, mi-marin, mi-aviateur, le bœuf (petit gradé) et le zèbre tout rayé de galons dorés. A la limite, on peut ajouter le marsouin (soldat d’infanterie de marine) qui n’est pourtant pas tout à fait un marin… La Plaisance moderne nous a offert le singe qui virevolte dans la mâture à la recherche d’une poulie coincée et l’éléphant, balourd et incapable qui le regarde faire d’un œil niais.
La voilure des trois-mâts carrés est, de son côté un joli repaire d’oiseaux jacasseurs ; à la misaine et au grand mât : le cacatois tout en haut, dominant le perroquet juste au-dessous ; à l’artimon, le cacatois de perruche, la perruche elle-même, et le perroquet de fougue en bas, (sous le volant d’artimon). C’est clair, non ?
Il y a encore bien d’autres voiles, moins évidentes, du moins pour moi : le papillon, le poulain et le mystérieux coq-souris que je serais bien incapable d’identifier.
Les nœuds marins ne sont pas en reste, le nœud de vache, la tête d’alouette, le cul de porc et le surprenant nœud de jambe de chien … et pêle-mêle tout le reste, la gueule de raie (à ne pas confondre avec la gueule de loup, qui est tout autre chose) l’œil de pie, le vit de mulet, le cap de mouton, le trou du chat, la joue de vache, la flamme de bœuf…
Et il doit en exister bien d’autres.
Finalement, si l’inventaire ne compte pas de raton laveur, cela fait tout de même une ménagerie assez conséquente, et ma foi, suffisante pour alimenter le mythe de l’arche de Noé.
Aramis
Barquette ou Pointu ?
Publié 21 avril 2008 Histoire , Langage , Marine Plaisance , Marine Pêche , Navires , Voile Laissez a un commentaire
Bonne question aurait dit le ministre…
Voici quelques précisions interessantes, grapillées dans la documentation de l’Office de la Mer.
Les Barquettes marseillaises, bateaux traditionnels en bois, utilisés pour la pêche cotiere, sont toujours bien visibles dans les ports de Marseille.
Ces bateaux constituent un véritable trait d’union entre la pêche professionnelle et le pêche de loisir. Ils sont beaux, purs, racés.
Mais doit-on parler de Barquette ou de Pointu ? La confusion est fréquente.
L’appellation Pointu peut être considérée comme un terme générique s’appliquant à de nombreux bateaux en bois du sud-est de la France.
Ce terme entre dans le vocabulaire au XIXe siècle par le biais de la Marine nationale basée à Toulon. Les marins de l’Etat, qui ne sont pas spécialement provenceaux, distinguent par cette apellation les bateaux à arrière plat ou rond du Ponant, des bateaux du Levant qui ont tous une forme pointue. Il ne s’agit donc pas d’un terme provençal mais d’un terme inventé et importé.
A Marseille on ne parle pas de Pointu mais de Barquette ; à Toulon, c’est le contraire…Même si l’une et l’autre portent une voilure latine.
www.officedelamer.com
Notre copain est capitaine au long cours ; il en a le grade, le titre, la compétence. Son seul défaut, il n’aime pas le charabia. Ça tombe bien, nous non plus. Ecoutez-le.
L’encablure… Ah ! l’encablure…!
Quel joli mot désuet, évocateur des lampes à huile et des grands voiliers, adoré des chroniqueurs en tout genre qui l’ont adopté pour mesurer des distances aussi variées qu’improbables.
On a entendu un journaliste politique qui, pour bien marquer la proximité de deux personnes, d’un ministre avec l’un de ses conseillers, a précisé que leurs bureaux n’étaient séparés que de quelques encablures…
Lors d’une émission de télévision, se disant maritime, on a appris que les Îles du Cap Vert étaient situées, elles aussi, à quelques encablures de la côte d’Afrique…
Entre ces deux extrêmes, quelques mètres et quelques centaines de miles, tout est possible, en donnant à cette satanée mesure de distance toutes les valeurs imaginables. Pouvons-nous seulement rappeler que l’encablure, qui, bien entendu, n’est plus en usage dans le monde maritime, valait 120 brasses ; la brasse servait à mesurer la profondeur et valait 5 pieds en France et 6 pieds en Grande Bretagne… Simple. Mais allons, au pif, en revenant à notre système métrique ça fait plus ou moins deux cents mètres. Bon. Ainsi notre ministre était séparé de son conseiller par, peut-être, 400, 600, ou même 800 mètres… Décidément la République offre vraiment de vastes locaux à ses serviteurs… Quant aux Îles du Cap Vert même pas besoin de jumelles pour les voir depuis Dakar…
Boeing, Boeing…
Il y a l’aviation civile ou marchande – quel vilain mot passé à la trappe pour cette noble activité – et il y a la marine marchande ou de commerce. Mais la deuxième activité étant un peu méconnue de nos concitoyens, qui ne savent pas que 70% du commerce mondial passe par voie maritime, il s’est effectué un transfert du vocabulaire aérien vers le maritime. C’est ainsi que le capitaine d’un navire est le commandant de bord et qu’il est non pas sur sa passerelle mais dans son poste de pilotage… A quand le second capitaine devenant co-pilote, ces deux là officiant dans le cockpit de leur pétrolier de 200 000 tonnes, le manche à bala i bien en main…