Archive pour la catégorie 'Bibliographie'

On a bien aimé « Quarante ans aux Glénans »

Ce livre devait être fait ; il devait être fait comme ça, par lui, et pas autrement. Lui, il a tout connu, tout vécu, c’est une mémoire vivante. Sous sa plume, l’histoire de la prestigieuse école de voile s’anime, se dévoile ou se reconstruit. Pas l’histoire dite officielle, non, l’autre, celle du côté cour, là où les idées fusent où l’expérience se cherche où l’esprit souffle…
Sans flagornerie, Jean-Louis Goldschmid, directeur technique du Centre Nautique des Glénans fut l’interprète virtuose (et inspiré) de la « partition Viannay ».  Avec son irréductible volonté de comprendre, et de transmettre, il a ouvert à des milliers de jeunes gens  le sens de la responsabilité et de l’effort ; cela va bien au-delà de l’apprentissage basique de la voile, bien au-delà… Simplement la voile fut, pour lui, l’instrument élégant de son message. Allez Jean-Louis, t’avais vu ça depuis le début, on le sait, tu y as consacré ta vie, jusqu’à ta retraite, avec un réel bonheur. Chapeau Goldo !
Le bouquin est pointilliste, truffé de clins d’œil multicolores qui peu à peu s’assemblent et se constituent  en fresque ébouriffante ; ça sonne juste, et c’est parfumé d’humanisme. Du solide, quoi.
Alors, je ne vais pas vous raconter l’histoire, trop riche, vous verrez bien. Si vous avez le goût de l’anecdote – et de l’humour – , vous allez vous régaler, soyez-en prévenus ! Pisse-froid s’abstenir…
Finalement, on débouche sur un constat inoxydable : malgré le temps qui passe, tu restes, Jean-Louis, conforme à ta légende, que tu n’as sûrement pas cherchée. Pour nous, c’est ce qui pouvait  nous arriver de mieux.
M. D.
• Quarante ans aux Glénans – Octobre 2009 - Ouest-France Editeur

Youpi ! un prix pour « Quai des Sirènes »

Dans l’équipe d’ Escales Maritimes, j’en connais deux qui vont bientôt sabler le champagne, Christophe Verdier et Maurice Duron. Ils viennent de se voir attribuer le prix « Place de Fontenoy » pour leur bouquin « Quai des Sirènes » dont on a déjà parlé. Ce prix décerné par l’Association des Administrateurs des Affaires Maritimes récompense chaque année un ouvrage célébrant, par la plume ou par l’image, la vie maritime sous ses multiples aspects. Qui mieux que cette éminente institution (officiers de la Marine Marchande et de la Marine Nationale) pouvait juger de la qualité profonde de leur travail ?
Nos deux compères sont donc particulièrement honorés par cette distinction à laquelle ils ne s’attendaient guère… Ils ajoutent à leur gratitude le sentiment que ce témoignage est – aussi – une invitation à récidiver…

Portos
• Quai des Sirènes – Marines Editions – septembre 2009.

Peut-être aimerez-vous « Quai des sirènes »…

sirène okAvec mon ami Christophe Verdier nous avons construit ce bouquin dont le sujet central sent la marée, les épices et le gasoil ; bien entendu, il parle de bateaux, d’escales et de rencontres interlopes. Cent vingt aquarelles de Christophe sur lesquelles j’ai plaqué une vingtaine de  pochades, un peu désinvoltes. Il semble que le résultat sonne plutôt juste, l’osmose textes-images  fonctionnant naturellement comme l’amitié des deux auteurs. Bref, Quai des sirènes est globalement conforme à notre projet…
Si, comme nous, vous aimez les ambiances portuaires, les escapades océaniques, et les belles images de mer, ça pourrait vous plaire. Il y a de tout, du cap Nord aux Kerguelen, de Recouvrance à Hong Kong avec, en permanence, une certaine émotion du regard et du commentaire. Un patchwork de rouille, d’écume, de glaces et de crépuscules ; une fresque d’engins industrieux, de ferrailles contorsionnées, de cuves et de silos ; des instantanés de la vie maritime, en mer ou au port. Et tant d’autres choses…
Précision. Pas question ici, de faire de la retape pour notre bouquin mais simplement d’en signaler la sortie aux amis d’Escales Maritimes, qui  pourraient en apprécier l’esprit et la couleur…C’est tout. (Et c’est bien comme ça !)
Mais quoi ? Un dernier coup d’œil sur l’eau salée, en douce, après les vacances, ça ne peut  faire de mal à personne…
Maurice Duron
• Quai des sirènes – Christophe Verdier et Maurice Duron – Marines Editions – Septembre  2009 – 29 €.

On a bien aimé « Rôle de plaisance »

C’est un vieux bouquin… Mais c’est le genre de bouquin qu’on ne raconte pas parce que tout le sel qu’il contient apparaît à chaque ligne. Et pour tous ceux qui aiment la mer, autant que l’humour, il y a de quoi faire… C’est un grand classique que tout voileux digne de ce nom, je le dis sans ambage, a l’obligation absolue de dévorer. Tout est bon, il y a rien à jeter aurait dit le poète catalan.
C’est l’histoire de deux mecs qui s’offrent quelques jours de voile à destination (incertaine) du Zipangu… En copains. Bon bateau, bon marins ils ne craignent rien du coup de torchon qui leur tombe dessus dès le départ, (Cherbourg) si ce ne sont les aléas habituels de la navigation à la voile. Tout le bouquin est là ; une chronique au plus près serré d’une balade en mer. Une balade agitée…
Même s’il ne faut pas déflorer les surprises, en voici une parmi d’autres.
Ils sont donc dans le mauvais temps, voilure minimale, ancre flottante gréée, le nez dans la plume. Ils bouchonnent. Continuer la lecture ‘On a bien aimé « Rôle de plaisance »’

Le tabou du lapin : et si on en reparlait sérieusement ? (suite)

lapin1Après le premier témoignage sur le tabou de « la bête » (voir notre billet du 22 avril) en voici un second qui suggère une autre explication.
Un chercheur du CNRS a décortiqué la croyance et débusqué des concordances pour le moins imprévues. Il constate d’abord que le lapin est effectivement un creuseur-fou qui passe la moitié de son temps à forer son terrier. Il pourrait tout aussi bien ronger les bordés, les percer, avec toutes sortes de conséquences déplorables pour la flottaison… L’autre moitié de son temps, le lapin fornique. C’est même un obsédé sexuel prolifique dont la descendance aurait vite fait de surcharger la barque au point de l’envoyer par le fond. Voilà deux bonnes raisons de s’en méfier. Ce n’est pourtant qu’un avatar. En explorant cette sexualité exubérante le chercheur a découvert un lien traditionnel entre le lapin et la femme ; plus précisément le sexe de la femme qui en est le symbole. Allons bon ! Historiquement, dans les “Mille et une nuits” le pubis  est lelapin sans oreille, (hum…) ensuite dans le langage de jadis le connil (re-hum…) , d’ailleurs le dictionnaire le dit « le lapin a une lèvre fendue verticalement… », pas besoin de dessin. Aujourd’hui, ce n’est sûrement pas par hasard que le magazinePlay Boy a choisi une bunny comme emblème ; Continuer la lecture ‘Le tabou du lapin : et si on en reparlait sérieusement ? (suite)’

On a (vraiment) bien aimé « Ponyo sur la falaise »

Je ne suis pas critique cinématographique, mais je vais vous parler d’un film… Et pas de n’importe quel film, un film de mer, un grand film d’animation, un volcan esthétique, riche et épuré à la fois. Il vous emportera sans vous laisser le temps de souffler. C’est un conte fantastique, dont l’argument est irracontable, trop compliqué, mais dont les images de mer sont une splendeur. L’inventivité, la connaissance maritime, la tendresse, la vision onirique de Miyasaki sont proprement époustouflantes ; le rêve vous transporte dès la première image, il ne vous lâche qu’à la dernière, en vous laissant la tête dans les étoiles… Entre temps vous avez dégusté des trouvailles, des rythmes et des couleurs comme vous n’en avez jamais vu. Bateaux, tsunami, plages et profondeurs, tout y passe, même des animaux préhistoriques… Un pur chef-d’œuvre, à mon avis. Miyasaki a dû naviguer jadis ou tout au moins fréquenter de près l’eau salée ; tout est juste, précis, mais interprété (sans effets spéciaux) avec une maîtrise renversante. Allez le voir (pub intentionnelle), il n’est jamais niais ou grossier mais n’y menez pas vos petits enfants, car il est parfois impressionnant. La promotion dit « pour enfants à partir de six ans », attendez plutôt dix ans, c’est mieux…
La grande majorité des critiques est enthousiaste, seuls quelques-uns font la fine bouche. Sacrés terriens ! Évidemment, ils n’ont rien compris à la mer…
Aramis
• Réalisateur : Hayao Miyazaki , producteur : Toshio Suzuki. Durée 1h55.  Actuellement en salles.

On a bien aimé : les Fluvicartes

Nous avons reçu deux des guides  Fluvicartes  (n° 25 et 29) destinés aux plaisanciers qui veulent se payer une escapade sur les eaux intérieures. Après tout, pourquoi pas, puisque tôt ou tard l’eau douce rejoint la salée ; tout se tient…
Eh bien ! je dois dire que ce fut une heureuse surprise. Voici des documents qui prennent le skipper par la main, au départ de La Rochelle, et le conduisent sur deux itinéraires intérieurs de choix, l’un jusqu’à  Angoulême, l’autre jusqu’à Niort. Tout y est ; côté navigation des plans clairs et lisibles, (ce n’est pas toujours le cas) les ponts, chenaux, écluses, balisage et côté tourisme toutes les ressources locales, sites, curiosités, bonnes adresses, le tout assorti de recommandations pertinentes. Pratique et bien fait. 
Je vais m’empresser d’en offrir un à Gilles familier de Niort et adepte de la croisière voile-aviron (+ moteur !) qui pourrait ainsi remonter jusqu’à la ville de son enfance. Quant à l’autre, je le garde, pour rejoindre La Corderie Royale, histoire d’accompagner l’Hermione quand elle descendra le fleuve…
Très recommandables si vous voulez tenter l’aventure nauti-campagnarde. www.fluvialnet.com

On a bien aimé « Les quais de la colère »

L’histoire se passe avant la Première guerre mondiale, au Havre, parmi les dockers des quais. Ceux du charbon. Les plus durs, les plus pauvres, les plus méprisés. Dans le troupeau, un homme se dresse, Jules Durand, un syndicaliste éclairé. Avec passion, il va prendre en main la cause de ces hommes résignés. Il va se battre sur tous les fronts, contre les armateurs voraces, l’alcoolisme, les chiens de patron, la violence, la presse complice, tout ce qui écrase un sous-prolétariat apathique
Peu à peu il réorganise le syndicat jusqu’alors réputé docile, il recrute, persuade et finit par devenir la cible d’une bourgeoisie  intraitable qui tremble pour ses privilèges. Elle ne lui pardonnera rien. Jusqu’au bout.
Le bouquin, un roman, est fondé sur un fait réel ; il s’achève le 20 février 1926 à la mort du héros, enfin délivré d’une démence à laquelle son combat l’avait mené. Le livre n’est pas seulement l’histoire de son combat,  car c’est tout une société, une classe avide, aux prises avec des prolos désespérés, que dépeint Philippe Huet. Les personnages sont sculptés au scalpel, précis, et si bien décrits qu’on y est ! On est docker charbonnier et on souffre avec eux…
L’auteur s’est appuyé sur des documents authentiques, le texte a la force des événements. Les quais de la colère montre la face noire de la vie maritime du début du XXe siècle. C’est dur, triste, sordide, édifiant ; on pense à Zola et on n’a pas tort.
Les quais de la colère – Philippe Huet. Albin Michel. 440 pages ; 6,95 €

Brève histoire du « Saint-Michel III », l’un des bateaux de Jules Verne

jules-vernest-michel-iii1Il y a peu (le 17 février – Les bateaux de la mémoire 8) nous avons publié la carte postale de droite  montrant un yacht à vapeur mouillé à Sète (qui s’écrivait Cette à l’époque) ; nous l’avons attribué à un richissime princier anonyme.
Depuis, nous avons découvert la carte de gauche qui représente visiblement  le même navire mais à Nantes cette fois.
Notre ami le docteur Cornou, originaire de Nantes, et fin connaisseur du port, fit observer que le navire était mouillé à Trentemoult, face à la maison nantaise de Jules Verne. D’où la question immédiate :
- Et si c’était l’un des bateaux de Tonton Jules ?
Après une brève enquête, Continuer la lecture ‘Brève histoire du « Saint-Michel III », l’un des bateaux de Jules Verne’

La vague scélérate de « Tzu Hang »

C’était un 14 février, comme aujourd’hui…
Tzu Hang, ketch de 14 m caracole vers le Cap Horn. A bord, Miles Smeeton, son épouse Beryl, leur équipier John Guzzwell ; et bien sûr, c’est le coup de chien, mais pas n’importe lequel. Lisez ça (c’est Miles qui parle).
« Quand John est descendu dans la cabine, Beryl a continué de barrer comme avant, en vérifiant sans cesse le cap au compas mais en suivant un peu plus le vent et les vagues. Elle commençait à s’y habituer ; le vent était toujours aussi fort. Le soleil perçait parfois les nuages et de temps en temps elle se trouvait baignée de soleil. Une vague est passée sous Tzu Hang qui a pivoté légèrement. Beryl a corrigé sans mal et, en arrivant au fond de la vallée, elle a regardé en arrière pour vérifier l’alignement. Juste derrière le bateau un mur d’eau se dresse, si large qu’on n’en voit pas les extrémités, si haut et si escarpé que Beryl comprend immédiatement : Tzu Hang ne pourra jamais l’escalader. Cette vague ne brise pas comme les précédentes, mais l’eau ruisselle sur sa face avant, comme une cascade. Beryl pense en un éclair : rien à faire, je n’ai pas dévié. Cette dernière image de la vague, qui a bien failli être la dernière de son existence, restera toujours vivace dans son esprit. Aussitôt après, elle se sent projetée hors du cockpit, c’est l’unique impression qu’elle ait gardée. Et elle se retrouve dans l’eau, sans savoir si elle a coulé entre temps ou non.
Tzu Hang est invisible, Beryl porte la main à sa ceinture mais ne trouve que l’extrémité cassée de son bout. Elle donne de grands coups de pieds dans l’eau tout en pensant : Mon Dieu, ils sont partis sans moi ! et ses bottes, les bonnes grandes bottes de John, s’en vont à l’eau. Puis une vague la soulève, elle se tourne dans l’eau et aperçoit à trente mètres Tzu Hang, le fidèle Tzu Hang, stoppé net. Les mâts ont disparu, le bateau est bizarrement enfoncé, mais enfin, il flotte et Beryl nage vers les débris du mât d’artimon ».
Le ketch vient de sancir (chavirer par l’avant, cul par-dessus tête) sous le poids d’une lame monstrueuse. Par un incroyable miracle Beryl sera récupérée, sauvée, mais le bateau est plein d’eau, à moitié coulé.  La première chose qu’elle dira en montant à bord : “je sais où sont les seaux, je vais les chercher…” Superbe Beryl !

• (Extrait de  Défi au Trois Caps, sir Francis Chichester, Arthaud éditeur 1967 – Traduction Florence Herbulot)

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