La contribution de Paul Collignon sur la casse des bateaux de plaisance a été très suivie ; elle a suscité une réaction de notre ami Henri Bourdereau, qui est finalement plus « parallèle » qu’opposée. Elle propose, en tout cas un éclairage méconnu mais pertinent. Voici.
Ne seront pas abordés ici les problèmes techniques de recyclage ou d’élimination des déchets concernant les bateaux réellement hors d’usage, déjà largement évoqués lors de précédents articles, mais l’usage des unités anciennes et plus largement de l’évolution des pratiques.
Golif, Maraudeur, Belouga, etc. bien sûr que, convenablement entretenus, ils peuvent encore parfaitement naviguer. Mais avec qui ? Le constat est affligeant mais net : les générations qui ont fait cette explosion populaire de la plaisance de 1950 à 1970, n’ont pas de successeurs. Même si celles-ci avaient inculqué un intérêt, voire une passion, pour cette activité à leurs descendants directs, ces derniers n’ont pas su, ou pu, transmettre celle-ci à leurs enfants.
Les raisons ? Ce serait à un sociologue de les analyser mais en première approche on peut citer :
• Une évolution des relations parents/enfants ainsi que des nouvelles structures familiales (décomposées, recomposées…), l’influence plus forte des conjoints qui n’ont pas adhéré à ce type de loisir.
• Un choix de loisirs très élargi, lié à un “zapping” permanent ; on veut tout faire : gym, danse, judo, cheval, ski, etc… or le nautisme demande un investissement plus prenant.
• Pour les filles à noter une concurrence déterminante du cheval, au “lobby” fort bien organisé. (Au fait, que deviennent les chevaux “hors d’usage” ? Il n’existe pas comme en Inde pour les vaches des maisons de retraite…!).
• Aucune évolution notable de la sensibilisation des Français – et des jeunes en particulier – à la MER. L’exemple des Classes de mer est caractéristique : stagnation, voire baisse d’une activité péri-scolaire déterminante pour susciter des vocations nautiques. (Certaines classes de mer ne comportent même plus d’initiation aux pratiques nautiques…!).
Donc, en conclusion (provisoire), les usagers potentiels des bateaux existants sont en baisse caractérisée : la relève n’est plus assurée et dans les ports, nombre de bateaux dits “ventouse” sont simplement en voie de déshérence ; ce n’est pas une raison pour les détruire, mais que faire pour inverser cette tendance en leur trouvant des équipages ?
Quant aux raisons commerciales qui pousseraient à se débarrasser des vieilles unités pour favoriser l’achat de bateaux neufs, si elles ne sont pas absentes chez certains professionnels à courte vue, elles n’ont de toutes façons rien à voir avec une prétendue collusion de la profession avec cette “grande plaisance française “ complètement à côté du problème évoqué ici.
Enfin, en ce qui concerne la conservation patrimoniale d’unités plaisance ayant marqué leur époque, on peut noter avec regret l’échec du Conservatoire de la Plaisance de Bordeaux qui avait cette vocation et dont l’idée, à ma connaissance, n’a été reprise par personne.
NB : ces réflexions sont le fruit de nombreuses conversations sur ce sujet avec des amis et/ou des professionnels qui ont pris conscience de cette situation.
Henri Bourdereau






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