Ils méritent plus que ce court billet, mais nous y renviendrons.
Les Liberty Ships sont des cargos-types, construits aux États-Unis pendant la Seconde guerre mondiale, pour transporter le matériel de guerre allié, et même des troupes de débarquement. Caractéristiques : longueur 134,50 m, largeur 17,30 m, 10 000 t, tirant d’eau en charge 8,40 m, vitesse 11 nœuds. De conception très fonctionnelle, assemblés par éléments préfabriqués soudés, ils ont été produits à 2710 exemplaires à une cadence record ; le Robert E. Peary aurait été construit en moins de huit jours !
Nous leur devons beaucoup ; engagés sur tous les théâtres d’opérations ils ont largement contribué à la victoire de 1945 ; sans eux, elle eut été bien plus difficile. Remercions-les, au passage.
Toutefois, leur mission ne s’est pas arrêtée là. Au lendemain de la guerre, les flottes de commerce alliées et ex-ennemies, sont quasi-inexistantes, et les destructions du conflit interdisent toute remise en route des chantiers à court terme. Or, l’Europe a d’immenses besoins en nourriture et équipements. Les Liberty Ships vont reprendre du service. Les États-Unis cèdent leurs cargos à la Grande-Bretagne, la Grèce, la Norvège, etc. La France en reçoit 75 qui sont donnés en location-gérance à des armateurs agréés et sérieux. Après quelques transformations ces vétérans vont sauver l’Europe pour la seconde fois. Ils sont baptisés de nom bien de chez nous Saint-Lo, Avranches, Gien, Ouistreham, Sète… Leur mission consiste d’abord à transporter des denrées alimentaires, équipements, matières premières ; parer au plus pressé. Puis, peu à peu, avec le retour à la normale, ils sont mis sur les lignes traditionnelles des armateurs, Compagnie générale transatlantique, Messageries maritimes, Delmas Vieljeux et d’autres… C’est ainsi qu’en 1959/60 des Liberty Ships français transportant chacun quelque 1 400 voitures « Dauphine » (Renault) font route à destination des États-Unis. Curieux retour des choses…
Vers la fin des années 60, le temps ayant fait son œuvre, les derniers sont vendus à des armateurs étrangers ou envoyés à la ferraille. Entre-temps le pays aura disposé d’un délai suffisant pour construire une nouvelle flotte, moderne et performante.
Le cas du Sète est typique ; ce bâtiment est acquis par la Compagnie Fraissinet en 1947. Pendant 6 mois il continue à porter son nom américain Oliver Westover pour prendre ensuite le nom de la cité de Georges Brassens. Il effectue de nombreuses traversées ; on le voit sur la photo (cliché H. Bourdereau) à Alger chargeant du vin à destination de Dakar. Après 20 ans de bons et loyaux services il est démoli en juin 1968.
Quelques rares unités, à bout de souffle, vont encore durer un temps en Extrême-Orient, et puis, plus rien, les Liberty Ships disparaissent de la surface de la mer. Une ultime apparition est celle du Jeremiah O’Brien qui, en 1994, à l’occasion du « Come back to the beaches » descend la Seine de Rouen au Havre sous les acclamations. Puis, c’est le silence, ces rustiques mais superbes mécaniques s’éteignent à jamais. Il n’en resterait que deux encore à flot ; l’un est le Jeremiah O’Brien (déjà cité) à San Francisco et le John W Brown transformé en musée flottant à Baltimore.
Une carrière exceptionnelle. Jamais à ma connaissance, un même modèle de cargo n’aura rendu autant de services à l’humanité.
Portos






Le Liberty Ships ” Saumur” qui a fait la campagne de Norvege ,le débarquement des chasseurs Alpin à Namsos le 28 avril 1940 commandé par le commandant Garnier et le second capitaine Fernand Broise ( mon père) ont été pris à quai sous le feu et les bombardements de l’aviation allemande ; leurs cargaisons était des tonnes de munitions et d’une demi division de chasseurs Alpin de France ; la moitie de la cargaison était sur le quai au moment de l’attaque surprise, des bombes tombèrent sur le dépôt de munition sur le quai embrasant le navire et le couvrant d’une épaisse fumée noire ce qui le sauva ; les hommes à bord s’activaient pour éteindre l”incendie et le commandant Garnier donna ordre d’appareiller en urgence car le reste des munitions réparti sur quai menaçait d’exploser mais dans la précipitation une amarre se prit dans l’hélice immobilisant le “Saumur” au milieu du port.
Mon Père descendit le long de la coque avec un matelot sous la mitraille et entrepris de dégager l’hélice à l’aide d’une hache .
Le HMS Carlise se trouvant à proximité vint au secours du Saumur en lui lançant une amarre pour le remettre à l’abri dans le nuage de fumée .
L’aviation allemande pensait à une victoire , et les journaux français grâce a la censure de l’époque avait dit que le Saumur avait coulé dans le port de Namsos.
Le drame pour toutes les familles car il y avait 40 personnes à bord et les trois quart faisait parti de la même commune ( boulanger, charpentier, cuisinier, chaudronier, matelot) tous de la commune d’Arzon ; la mer c’était une grande famille .Tous revinrent en Bretagne et mon Père ainsi que l’équipage furent décorés à la fin de la guerre par le Roi AAron roi de Norvège .
Une Photo du “SAUMUR ” été placé dans la Mairie d”Arzon pendant des décennies.
Merci pour ce souvenir
Merci Fernand pour ce témoignage d’héroïsme méconnu. Nul doute que le “Saumur” faisait bien partie des « Cargos de la Liberté », son équipage a droit à tout notre respect. Mais les bâtiments spécifiquement dénommés « Liberty Ships » (nom de code EC 2) n’ont reçu ce nom qu’a partir du 27 septembre 1941, jour ou fut lancé le premier d’entre eux, le “Patrick Henry”. Ils répondent à des caractéristiques bien précises ainsi que l’explique Yves Brouard dans son ouvrage magistral « Les Liberty Ships » (Glénat 1993)