Archive pour octobre 2008

L’Etat sauve les banques, pourquoi pas la SNSM ?

Depuis quelques semaines circule une lettre ouverte, adressée au ministre de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement Durable et de l’Aménagement du Territoire (ouf !), concernant les moyens d’intervention de la Société Nationale de Sauvetage en Mer (SNSM). Cette lettre me paraît tellement justifiée que je vous invite à en prendre connaissance et à y apposer votre signature. C’est, à mon avis, la moindre des choses pour quiconque a posé – même un seule fois – son pied sur un bateau…

lettre.infocapagde.com

Nous attendons avec beaucoup d’intérêt la réaction de M. Borloo.

Maurice Duron

Incroyable mais vrai !

L’exploit pour l’exploit, ce n’est pas vraiment notre truc à « Maritimes » ; pourtant, on ne peut pas ignorer certaines performances qui nous laissent un peu rêveurs. Témoin le tout récent test de L’Hydroptère d’Alain Thebault qui a atteint la vitesse de… 52,86 nœuds ! Tout seul comme un grand et, bien entendu, à la voile uniquement. Si nous comptons bien, cela fait quelque chose comme 98 km/h… Epoustouflant !
L’essai n’a pas été homologué puisque non tenu sur les 500 m réglementaires ; mais ça viendra. L’Hydroptère est aujourd’hui le voilier le plus rapide du monde. A titre de comparaison, les clippers de la grande époque frôlaient les 20 nœuds en pointe mais leur vitesse moyenne n’excédait pas 6 nœuds.
Donc cocorico pour ce voilier d’exception, dont nous avait déjà parlé, en son temps, un certain Eric (le précurseur), qui s’interrogeait pourtant sur sa tenue dans la houle ou le clapot… Mais cela est une autre histoire.

La ménagerie embarquée…

Quiconque s’intéresse à la linguistique maritime sera frappé par le nombre de mots proprement « terriens » utilisés dans le langage des marins ; à croire que le vieil antagonisme « Terre-Mer » est un mythe pur et simple, sorti d’affabulations malveillantes. Pourtant, les mots sont là, bien vivants, malgré, (pour certains), une sacrée bouteille… Pour illustrer ce constat, je me suis amusé à en relever quelques-uns en me limitant à l’animalerie courante (la faune) qui fournit un beau contingent d’exemples. Les voici.
Les bateaux d’abord. Les frégates qui font à juste titre l’orgueil de la Royale ; on nous les envie partout et pas seulement à Taiwan… Mais jadis nous avons eu les bécasses (excellentes barques méridionales), les mouches (petits éclaireurs d’escadre), les chats fort véloces (voiliers à voile et rame) et les chattes plutôt lourdes, genre de chasse-marée.
Les personnages aussi. L’albatros, ce vieux capitaine ayant viré les Trois Caps, du temps de la marine en bois, le coq, c’est-à-dire le cuisinier, bête noire de l’équipage affamé ; le chien du bord (maître de manœuvres) aux aboiements redoutables ; plus près de nous le crabe « simple » ou « chef » (quartier-maître), le pingouin, plus moderne, mi-marin, mi-aviateur, le bœuf (petit gradé) et le zèbre tout rayé de galons dorés. A la limite, on peut ajouter le marsouin (soldat d’infanterie de marine) qui n’est pourtant pas tout à fait un marin… La Plaisance moderne nous a offert le singe qui virevolte dans la mâture à la recherche d’une poulie coincée et l’éléphant, balourd et incapable qui le regarde faire d’un œil niais.
La voilure des trois-mâts carrés est, de son côté un joli repaire d’oiseaux jacasseurs ; à la misaine et au grand mât : le cacatois tout en haut, dominant le perroquet juste au-dessous ; à l’artimon, le cacatois de perruche, la perruche elle-même, et le perroquet de fougue en bas, (sous le volant d’artimon). C’est clair, non ?
Il y a encore bien d’autres voiles, moins évidentes, du moins pour moi : le papillon, le poulain et le mystérieux coq-souris que je serais bien incapable d’identifier.
Les nœuds marins ne sont pas en reste, le nœud de vache, la tête d’alouette, le cul de porc et le surprenant nœud de jambe de chien … et pêle-mêle tout le reste, la gueule de raie (à ne pas confondre avec la gueule de loup, qui est tout autre chose) l’œil de pie, le vit de mulet, le cap de mouton, le trou du chat, la joue de vache, la flamme de bœuf
Et il doit en exister bien d’autres.
Finalement, si l’inventaire ne compte pas de raton laveur, cela fait tout de même une ménagerie assez conséquente, et ma foi, suffisante pour alimenter le mythe de l’arche de Noé.
Aramis

Ça décoiffe ! (3)

Sur un site promotionnel (marina-kastela.com) nous avons trouvé un clip vidéo décrivant en images une marina de rêve en Croatie : Kastela. Bon. Tout y est : installations modernes, soleil, calme, ambiance sucre d’orge, que ça vous donne envie d’y aller. (La caméra tourne en boucle sur 360° ce qui donne une impression d’infini).
Prudence tout de même, car nous avons déniché une autre vidéo (Youtube) montrant une particularité de ce mouillage paisible. Figurez-vous que de temps en temps la Bora, ce vent du nord plutôt susceptible, s’énerve un peu et donne le spectacle. Tout change. La marina-guimauve devient une sorte de chaudron de sorcière dans lequel les jolis bateaux commencent à bouillir. Si vous ne me croyez pas, regardez cette petite vidéo, elle est édifiante.

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Effectivement, ça décoiffe… et ça fout un peu la trouille !

Le requin sur le billard

Tout le monde ne le sait pas, mais tout le monde devrait le savoir : nous sommes en pleine « Semaine Européenne du Requin » (jusqu’au 19 octobre).
A cette occasion, le Centre National de la Mer Nausicaä, de Boulogne sur Mer présente une animation rappelant les détails d’une intervention chirurgicale sur l’un des requins de son aquarium. Le patient est un vieil habitant du bassin (une vingtaine d’années, long de deux bons mètres), qui présentait une protubérance anormale sur l’abdomen. Un examen radiologique et échographique préalable ayant révélé la présence d’un corps étranger, probablement métallique, il fut endormi au moyen d’huile de clou de girofle pour l’opération proprement dite. Seulement voilà, pour respirer, le requin doit nager en permanence, c’est pourquoi on a fait passer – pendant près d’une heure – un courant d’eau et d’oxygène dans sa bouche pour simuler la circulation naturelle de l’eau. (Les humains appellent ça la respiration artificielle). Le corps étranger s’est révélé être un hameçon de grande taille, qui a été extrait avec soin, sans dommage pour l’animal. Après quoi, le requin reprenait sa nage, d’abord maladroite, puis plus vigoureuse, pour enfin rejoindre ses congénères dans le grand aquarium. D’où venait l’hameçon ? Sans doute d’une de ses « proies » avalées durant un repas. Aujourd’hui, le squale se porte bien, pour la plus grande joie des visiteurs… Et sans doute aussi pour la sienne !

www.nausicaa.fr

L’itinéraire maritime d’Albert Marquet

S’il est un artiste – un peintre – qui a toujours exalté la mer et les bateaux, c’est bien Albert Marquet. Qu’on se rappelle (entre autres) La plage de Fécamp (1906), Le 14 juillet au Havre (1906) ou Le port de Rouen (1912), où Marquet se montre un coloriste d’exception, fortement inspiré par le monde maritime. Ami de Matisse et de Derain, il a traversé l’impressionnisme et le fauvisme en empruntant un chemin personnel, jalonné de chefs-d’œuvre.
C’est à cet immense artiste que le Musée de la Marine de Paris consacre une exposition intitulée « Albert Marquet, itinéraires maritimes » du 15 octobre 2008 au 2 février 2009. Une exposition enrichie de conférences de Caroline Mathieu conservateur au Musée d’Orsay, et Françoise Garcia conservateur au Musée des Beaux Arts de Bordeaux. Donc, une manifestation de haute tenue qu’aucun ami de la mer ne devrait négliger. En tout cas, nous, nous irons…

Renseignements, billetterie : www.musee-marine.fr

Un bateau hybride peut en cacher un autre…

Le cargo hybride présenté ici même par Portos, il y a quelques jours, est certes très intéressant. Mais je vais vous dire deux mots d’une solution qui ne manque pas d’intérêt non plus. Il s’agit d’un cargo à double énergie également, mais qui utilise comme moteur d’appoint, non pas une voile, mais un cerf-volant géant ! Ne riez pas c’est sérieux et déjà au stade opérationnel.

C’est une adaptation aux grands bâtiments, de la formule des « kites-surf » qu’on voit de plus en plus sur les plages… Sauf que c’est beaucoup plus grand, vole plus haut, est entièrement automatisé, et autrement puissant. La vidéo jointe en montre les détails. Continuer la lecture ‘Un bateau hybride peut en cacher un autre…’

On s’y croirait…

Allez, pour nous mettre de bonne humeur, cette citation de l’éternel Conrad extraite du tout début de « Karain : un souvenir », la première des nouvelles rassemblées sous le titre « Inquiétude ».
(…) le feu d’un signal luit comme un joyau au sommet élevé d’une sombre falaise ; de grands arbres, sentinelles avancées d’immenses forêts, veillent, immobiles, sur des étendues de mer assoupie ; le ressac ourle de blanc la plage déserte sur laquelle il gronde ; l’eau des hauts-fonds écume sur les récifs ; et des îlots verts, éparpillés dans le calme de midi, reposent à la surface polie de la mer comme une poignée d’émeraudes sur un bouclier d’acier.
Bien envoyé, non ?

Les phares ? Laisse tomber…

Tout à fait par hasard, je consulte cette vidéo qui me consterne. Regardez-là d’abord, puis revenez au texte.

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Si j’ai bien compris (et j’ai bien compris) on va allègrement laisser se ruiner les phares en mer, hauts lieux d’humanité et d’architecture, au motif simplet que ça coûte trop cher ! Et tout ça avec une belle désinvolture ; vous avez entendu dans la vidéo, les laisser mourir de leur belle mort ! Leur belle mort… On croit rêver, ou plutôt cauchemarder. Notre monde où le cynisme a tous les droits au nom d’une rentabilité aveugle, est prêt à sacrifier ces grands témoins de notre civilisation maritime, parce que les sous, c’est les sous…
Mais qui sommes-nous devenus, pour en arriver là ? Mépriser nos monuments historiques les plus fragiles…

Automatisées et désertées les grandes tours tombent en morceaux, on s’alarme ; mais comme elles ne rapportent rien on les laisse aux chiens. Qu’elles crèvent aurait dit le professeur Choron.
Mon ami Jean-Pierre Abraham, qui fut gardien d’Armen et grand écrivain de surcroît, disait au moment de l’automatisation : les phares vont s’écrouler… Et nous étions plusieurs à répondre, mais non, tout de même pas… c’est notre patrimoine… « ils » ne vont pas faire ça… Eh bien si ; tu avais raison Jean-Pierre et aujourd’hui tout le monde s’en fout puisque le GPS fait le boulot . Alors, tu penses, quelques vieilles pierres…
Et j’imagine mon copain Loïc partant à la daurade autour de la Chaussée de Sein et découvrant dans le petit jour, une grande tour décapitée pendant la nuit. Engageant, non ? Parce que ça va vite. On a vu ici même l’assaut des vagues sur les grands phares, ils ne vont pas durer longtemps. (voir « Maritimes », mot-clé « Mer » : Ça décoiffe….)

Trop cher disent les grands argentiers ? Trop cher, vraiment ? Ne dites pas de sottises, braves gens. Combien coûte la restauration de châteaux privés généreusement financée par l’Etat, par nous ? Trop cher ? Et quelques kilomètres d’autoroutes supplémentaires ? Trop cher ? Vous voulez rire. Et une « tranche » de réacteur nucléaire, le renflouement d’une banque faillie. Trop cher ? Les Rafales de feu tonton Marcel… Combien d’Armen, de Kéréon , de Birvideaux sauvés pour un seul avion ? Un seul…

Alors on se tourne vers les sponsors privés, ceux qui se font de la pub sous le couvert d’une bonne action. Je pense que Marc Pointud, l’infatigable animateur de la SNPB (Société pour le patrimoine des phares et balises) n’est pas dupe mais faute de mieux, il voit là, la seule possibilité d’arrêter le désastre. Probablement a-t-il raison. Mais, on ne m’empêchera pas de penser que ce
transfert au privé de responsabilités publiques est une chose exécrable. Notre patrimoine maritime appartient à tous, c’est à nos élus de le gérer, et pas seulement à ceux qui payent pour en profiter.

Maurice Duron


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