Archive pour septembre 2008

Le cargo hybride est prêt

Le fait est passé à peu près inaperçu en France, mais ce 2 août 2008 marque peut-être une date dans l’histoire de la Marine marchande. Ce jour-là, la Société allemande Enercon a lancé à Kiel un cargo d’un nouveau genre, propulsé partiellement par l’énergie éolienne. C’est nouveau. En fait, pas tellement nouveau car le navire (130 m de long, 22,50 m de large) utilise l’effet Magnus, développé par Anton Flettner dans les années 20. Le principe est assez complexe à décrire (je ne suis pas sûr d’avoir tout compris) mais ça marche. Il utilise l’énergie du vent circulant dans un cylindre en rotation, énergie qui est transmise au bateau lui-même. Ce n’est pas une voile au sens classique du mot, mais une technologie produisant une dépression « tirant » le bateau vers l’avant. Cousteau avait, en son temps, utilisé ce même principe sur l’Alcyone muni de turbovoiles (voir ici), et avant lui le Buckau, en 1926 avait traversé l’Atlantique avec un équipement similaire. Mais en ce temps-là, le pétrole était abondant et peu coûteux…
Cette fois c’est plus sérieux . L’E-Ship 1 (c’est son nom) est muni de deux moteurs de 3,5 MW et de quatre cylindres rotatifs verticaux de 25 m de haut ; deux à l’avant, deux à l’arrière (bâbord et tribord). Les deux sources énergétiques se combinent, s’accompagnent, se complètent et devraient donner une vitesse maximale de 17,5 nœuds, ce qui est très honorable. En plus, et surtout, elles pourraient économiser de 30 à 50% la consommation de gasoil, sur de longues distances ! C’est du moins ce que dit Enercon. C’est donc un cargo hybride (comme il existe déjà des automobiles) qui va faire prochainement (fin 2008) sa première traversée.
On va suivre ça de très près, car, à vrai dire, ça nous intéresse.
Et vous ?

Portos

Portrait de bateau

Tainoui. C’est la grande pirogue de voyage, à double-coque, utilisée par les Maoris (polynésiens et mélanésiens) durant leurs grandes migrations à travers le Pacifique au XIIe et XIVe siècles. Il s’agit d’une embarcation d’une vingtaine de mètres assemblée par couples au moyen de poutres transversales de façon à former un catamaran ; sur l’espace libre entre les deux coques, est établie une plate-forme recevant un abri en bois (hutte) où vivent les familles… Les mâts bipodes, dont la base est appuyée sur chaque coque, portent une grande voile de forme “tulipée” enverguée sur deux antennes en V ; les vitesses obtenues (aux allures portantes) devaient être très élevées. Pour éviter que les coques n’enfournent, des fargues en bois, amovibles, surélèvent parfois le franc-bord. Ces étonnants bateaux, dont l’arrière se relève en forme d’aileron haut de 6 m, ont permis à des populations entières d’effectuer d’incroyables voyages, de plusieurs milliers de kilomètres, depuis les Iles de la Société jusqu’en Nouvelle-Zélande. On pense que les Maoris avaient une excellente connaissance des alizés, fabriquaient des cartes marines (les “mattangs”), s’orientaient à partir de la culmination de certaines étoiles, possédaient un immense savoir pratique de la navigation.
Une précision : certains auteurs semblent confondre la tainoui avec la vaca qui est une pirogue de guerre.

On a bien aimé “L’étrange voyage de Donald Crowhurst”

Le bouquin, assez ancien, (1971), reste époustouflant.
C’est l’histoire d’un mec… que la mer a rendu fou. Une histoire qui se lit comme un thriller. On en a tiré un mauvais film, c’est bien regrettable, le sujet méritait mieux.
C’est donc l’histoire d’un chef d’entreprise en quasi faillite qui s’aligne dans la plus extraordinaire des compétitions maritimes : le tour du monde à la voile, en solitaire, sans escale et sans assistance. Il est persuadé qu’il va gagner et empocher le paquet de fric promis au vainqueur. Il va se refaire.
Ca se passe en 1968/69 et si ça n’a pas fait trop de bruit à l’époque, c’est qu’au mois de mai nous pensions à tout autre chose… Mais écoutez-ça.
Donc Donald Crowhurst, c’est son nom, se lance sur la mer jolie et se rend compte assez vite qu’il ne pourra jamais gagner la course. Il n’est pas prêt, son bateau (un trimaran) n’est pas au point. Or, il faut qu’il gagne, ses contrats de pub l’exigent. Alors après bien des tergiversations, il prend une décision incroyable : il va tricher. Et pas qu’un peu !
Tandis que ses concurrents luttent sur tous les océans, lui, fait des ronds dans l’eau devant le Brésil. Il attend. Quoi ? Que le peloton surgisse du Cap Horn pour s’y intégrer, frais et dispos, et triompher à peu de frais. Ce qu’il fait.
Malheureusement, il subodore que sa fraude risque d’être démasquée ; le jury se pose des questions sur son compte, les experts vont analyser son livre de bord, l’interroger, les radios et la télé vont l’interviewer, etc. Il a peur de craquer. Il opte alors pour la place de second, juste honorable mais plus sûre. Il gagnera moins d’argent, mais du moins son « honneur » sera sauf. Il se place délibérément derrière le premier et remonte vers l’arrivée. Tous les medias le savent et l’attendent. Seulement voilà, Tetley, le leader de la course, casse son bateau et fait naufrage ; il abandonne. Coup dur pour Crowhurst qui se retrouve – malgré lui – en position de vainqueur obligatoire. Là, il prend peur, s’affole ; il ne peut ni abandonner (les contrats) ni gagner (les experts). Le drame. Empêtré dans son propre piège, il cherche une solution introuvable. Son comportement dérape. Peu à peu sa raison s’égare, il délire, sombre dans une paranoïa extrême qui le conduit tout droit à la démence. Finalement, en pleine crise, exténué, désespéré, il se suicide, au milieu de Atlantique…
L’histoire est scrupuleusement racontée, en détail, par des auteurs qui ont mené une enquête remarquable. Si vous trouvez le bouquin, jetez-vous dessus, vous ne vous endormirez pas… Je vous dis : un thriller.

Aramis

« L’étrange voyage de Donald Crowhurst » par Nicholas Tomalin et Ron Hall – 335 pages – Stock Editeur (1971)

Pourquoi n’en parlait-on pas « avant » ?

Toute cette histoire de vagues gigantesque n’est pas facile à comprendre et je vous avoue que pour un esprit moyen (je suis un esprit moyen), il reste encore des zones d’ombre. Mais de moins en moins…
Résumons. Soudainement, en 1951, après la disparition du Sao-Paulo (cuirassé de 20 000 t), certains témoignages de marins professionnels évoquent des vagues de dimensions exceptionnelles. Bon, me suis-je dit, il existe depuis toujours, des tempêtes exceptionnelles, rien d’étonnant à ce qu’elles produisent parfois des vagues hors du commun. Et puis un jour de 1978, un cargo allemand, moderne, (le München) en route vers l’Amérique disparaît en mer, un peu avant Noël. On n’en retrouve qu’un canot de sauvetage et quelques débris, rien d’autre ; tout l’équipage (27 hommes) a péri. Emotion générale. Aucune explication ne peut être avancée. Tiens… Continuer la lecture ‘Pourquoi n’en parlait-on pas « avant » ?’

Deux ou trois petites choses sur les lames scélérates

Ces fameuses lames ont déjà fait couler beaucoup d’encre.
J’en retiens qu’il existe deux catégories de vagues : les classiques de 12/15 mètres maxi, et les géantes de forme et de taille inhabituelle, dépassant 20 mètres.
Je retiens aussi que la formation de ces dernières s’explique par le fait qu’une certaine vague d’un train de vagues (pourquoi elle ?) peut « se nourrir » de sa suivante en lui prenant de l’énergie ; tandis que la première devient de plus en plus haute en bouffant la seconde, cette dernière au contraire, s’affaiblit et s’abaisse. Lorsque l’élévation de la vague-prédateur atteint sa taille critique (véritable mur liquide) elle s’effondre sur elle-même… ou sur le navire s’il s’en trouve un sur son passage.
N’est-ce pas, – en bien plus grand -, ce qu’on observe sur les côtes où les trains de lames viennent se briser par mauvais temps ? Les vagues sont toutes différentes. Souvenez-vous de ce que disent les vieux pêcheurs « méfie-toi de la 3e vague » (ou de la 5e ou de la 9e, selon la région). Nous avons tous constaté qu’à cette échelle, il y a des vagues bien plus fortes que d’autres.

Ca, c’est l’explication du « comment » ; elle paraît plausible. Mais personne n’est en mesure d’expliquer le « pourquoi ». Pourquoi le phénomène s’amorce-t-il ? Pourquoi une seule vague devient scélérate ? Pourquoi telle vague plutôt qu’une autre ? Pourquoi ici plutôt qu’ailleurs ? Pourquoi… Sur ce point, silence radio. On cherche…

Athos

Conséquences : le coût astronomique des lames scélérates

Après avoir été longuement négligées, les lames scélérates sont désormais prises au sérieux par nombre d’instances officielles et privées, comme l’Europe, le Lloyd’s ou Véritas. On les comprend. Elles peuvent avoir des répercussions énormes sur le transport maritime et la construction navale. Aujourd’hui les bâtiments naviguant en haute mer sont conçus pour résister à des vagues de 15 m maxi, ce qui correspond à une pression de 6 tonnes environ au mètre carré ; s’il existe bien des vagues de 25 à 30 m, la pression monte à 100 tonnes ! Bonjour la différence. Aucun bâtiment actuel n’y résiste.
On imagine – ou plutôt on peine à imaginer – ce qui se passerait pour les assureurs, transporteurs et armateurs, si les normes de construction internationales se trouvaient durcies pour tenir compte du phénomène. La conception et la construction des navires (et des plates- formes de forage) seraient à revoir entièrement… et tous les bateaux actuels à remplacer ! Comme la flotte mondiale est estimée, grosso modo, à 100 000 unités, la facture se monterait à un gros (très gros) paquet de milliards de dollars !

(L’image ci-dessus, bien improbable, montre – à la bonne échelle – le porte-avions Charles de Gaulle (262 mètres) recevant une lame de 27 mètres…)

Portos

La Rochelle se raconte

« Alors, raconte… » C’est l’intitulé de l’initiative du Musée Maritime de La Rochelle, ayant pour but la rencontre et l’échange entre le grand public et les professionnels de la mer. Une idée que nous applaudissons, puisqu’elle se fonde sur des témoignages en direct et la présentation de documents authentiques, livrets maritimes, citations, photos, etc.
La date n’est pas choisie au hasard, elle correspond aux Journées du Patrimoine (les 20 et 21 septembre) dont l’intérêt ne cesse de grandir.
La réunion sera inaugurée le samedi à 11h30 en présence de Maxime Bono Député-maire de La Rochelle.
D’autres manifestations sont au programme, comme la « Rumeur des quais » lecture-spectacle à bord du chalutier l’Angoumois et animée par quatre comédiens et musiciens. (Se poursuivra en soirée les 22 et 23 septembre).
… Et bien d’autres choses.
Que voilà un beau sujet de visite pour les Rochelais (et pas seulement pour eux) qui apprécient la mer pour le bon motif !

Des voiles (latines) sur le détroit

Encore une initiative comme nous les aimons…
Les 27 et 28 septembre se déroulera la troisième « Route des contrebandiers » dont le titre romanesque cache une manifestation bien sympathique. Elle aura lieu, à la voile, entre Bonifacio et la Maddalena en Sardaigne, c’est-à-dire à travers le célèbre (et magnifiques) détroit où se perdit naguère la « Sémillante ».
La « Route » n’est pas un simple rassemblement de voiles latines ; c’est aussi une réunion où se mélangent l’histoire, la nature, le patrimoine maritime et l’amitié, autant dire tout ce qui unit les hommes… Le patronage en témoigne : Latina mora, Club de voile de Bonifacio, Yacht club de Bonifacio, Ass Velieiri a vela latina la Maddalena, Club nautico della Maddelena, Lega navale. Parrainage AIVeL.
Coup d’œil sur le programme ; le 27 à partir de 12h, Trophée de la ville de Bonifacio, 17h conférence sur le thème Dragut, le corsaire turc, 21h soirée festive, repas des gens de mer à la halle de l’arsenal ; le 28, Vellegiata vers la Maddalena, remise des prix et cocktail de clôture.
Et pour tout connaître en détail :
Eric.decherchi@wanadoo.fr

Photo MA.Salles

La toilette du géant

Question intéressante : on sait que le carénage est une opération particulièrement redoutable pour l’environnement. (grattage, traitement de surface, résidus, antifouling…). Comment ça se passe pour les très lourds bâtiments , tels que le porte-avions Charles de Gaulle ? Voici.
La Marine Nationale utilise un engin téléopéré, constitué d’un bras articulé dont la tête (une sorte de coupole) contient trois disques de décapage et un système de projection à ultra haute pression (2800 bars) ; mobile, ce pseudo robot se déplace et traite la carène par zones successives. Les déchets et eaux polluées sont évacués par aspiration, puis déversés dans deux cuves de décantation ; l’eau rejetée est réputée propre. Les particules solides sont récupérées et envoyées sous forme de briquettes dans des déchetteries spécialisées. Pour les 10% de la surface qui ne peuvent être ainsi nettoyés (appendices et formes courbes), on utilise encore la bonne vieille lance libre. Sur l’image (Jdb.marine.defense.gouv.fr/batiment/cdg) on voit le préposé actionnant l’engin sous la coque du navire.
C’est indiscutablement un progrès qu’il faut saluer. Les esprits chagrins diront qu’on ne connaît pas la nature des produits de protection qui viennent ensuite revêtir la coque du géant. Que voulez-vous : Noboby is perfect.

Portos

Habiter sur la mer

Le dérèglement climatique rend encore plus précaire la survie des populations vivant sur des espaces lagunaires, les estuaires, les zones inondables. L’envahissement de la mer, la submersion d’îles, sont déjà des risques bien réels pour nombre d’habitants de l’Asie du Sud-Est. Des exemples récents le rappellent… Ce n’est pas par pure fantaisie que les petits Etats insulaires (voir www.avaaz.org) menacés de submersion lancent un SOS à l’ONU ces jours-ci.

Dans ce contexte, notre ami Jean-Marie Finot, architecte prolifique et conséquent, propose une solution qui pourrait contribuer à sauver de nombreuses vies. Une idée toute simple, écolo, astucieuse, et susceptible de s’inscrire dans un programme d’aide aux populations menacées : la construction de maisons flottantes en zone tropicale humide.

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