On ne va pas jouer à se faire peur, mais enfin, la communauté scientifique doute de moins en moins : n’importe quel navigateur peut se frotter à une vague géante dite « scélérate ». Les « chances » sont minces (merci de la précision) mais réelles ; nous en avons déjà parlé. Voici quelques éléments complémentaires qui accréditent leur existence et l’énormité de leurs effets.
Cette nuit-là, un minéralier navigue au large du Portugal ; temps médiocre. A 5h20 le capitaine T. W. Cameron a la surprise de voir la lune se masquer subitement, et la mer devenir noire comme de l’encre . « Un nuage… », pense-t-il. Erreur, ce n’est pas un nuage mais un mur d’eau quasi vertical courant du nord au sud… et qui arrive par le travers ! Une montagne liquide bien plus haute que les autres vagues qui finalement assomme le navire de 15 600 tonnes. Le capitaine Cameron n’a jamais vu cela. Deux chiffres parmi d’autres : le pont du château s’affaisse de 8 cm ; des projecteurs boulonnés à 15 m au-dessus de la flottaison sont emportés…
En janvier 95, la plate-forme norvégienne « Draupner » en Mer du Nord (58° N et 2°28,40 E) encaisse soudainement une vague de 25, 50 m, (mesurée par la méthode SRS Spectral) alors que la tempête ne levait « que » des lames de 11/12 m.
Février 95, le « Queen Elizabeth II » est percuté par une lame monstrueuse de 29 m de haut. Le commandant R. Warwick déclare : « On aurait dit qu’on fonçait droit dans les falaises de Douvres… » En 2001, le « Bremen » fort bâtiment allemand, encaisse une lame de 30 m de haut… un immeuble de 10 étages ! Et pour finir, cette image d’un porte-avions américain, assez ancien certes, dont le pont d’envol a été littéralement plié en accent circonflexe par une lame colossale. Elle parle d’elle-même. Vous apprécierez…
L’Union Européenne prend les vagues scélérates au sérieux ; un programme d’étude a été lancé pour comprendre leur origine et modéliser leur formation : le projet « MaxiWaves » ; l’objectif étant à terme, d’en tirer des enseignements susceptibles de modifier la conception des navires et des plates-formes. On a déjà localisé des zones à risques, comme le courant des Aiguilles (Cap de Bonne Espérance) l’ouest du Cap Horn, le Kuroshivo, la ligne de sonde des 100 brases (isobathe 180 m). On a aussi estimé leur nombre ; en trois semaines, les satellites ont identifié 10 vagues scélérates de 25 m dans le monde. Michel Olagnon spécialiste des vagues scélérates à Ifremer affirme qu’en 50 ans, un marin sur cent rencontrera l’une de ces fameuses vagues.
D’accord, la mer est grande, ce qui limite le risque, mais rappelez-vous, le bateau est si petit…
Portos
Very nice!!
Sympathique article… et pour plus de précisions sur les méthodes de mesure de ces vagues, on peut lire l’excellent article du “Science & Vie” n° 1089 de juin 2008 consacré à ce sujet, et bonne mer à tous !!