Le beau langage de la Marine

Décidément, le bouquin de l’excellent Pierre Sizaire (Le parler matelot) est inépuisable… Nous lui empruntons – avec respect – ces jolis mots qui ont fait notre régal ; espérons qu’ils feront le vôtre.
Les marins de Berck sur leurs célèbres flobarts ne dédaignaient pas les « spiritueux » ainsi qu’on désigne les boissons alcoolisées dans la Marine. Ils buvaient volontiers l’âpre roustintin, le superbe tousensemble et la célèbre bistouille. Il y avait de cette dernière plusieurs versions dont la bistouille tricolore à composition délicate, sans doute trois alcools mélangés. On ne la trouvait qu’au barteu ce débit de boisson-épicerie-tabac uniquement fréquenté par les pêcheurs.
Ces derniers en sortaient parfois très tard, bien chargés dans les hauts, tirant des bords de facteur pour rentrer chez eux.
Rien que des mots savoureux valant qu’on trinque à leur mémoire…

Ebola : cette fois, l’Etat réagit vite

Inutile de rappeler que dans la propagation du virus Ebola, les professionnels de la mer sont en première ligne. Hier, le secrétaire d’état aux Transports à la Mer et à la Pêche a annoncé de nouvelles mesures de renforcement de la sécurité. La période d’incubation peut se dérouler pendant le transport, ce qui rend les contrôles à l’arrivée indispensables a-t-il précisé. Ce crédo est repris par la ministre des Affaires sociales et de la Santé qui indique que des services indépendants devront appliquer des tests de température aux marins comme aux passagers de navires en provenance de zones à risque, partis depuis moins de trois semaines.
Précision qui permet de mesurer l’urgence : ces mesures devraient être applicables dès aujourd’hui.

Escales lance une bouteille à la mer

normanville  grand pereNormanville 2Un vieil ami d’Escales Maritimes nous transmet ces deux images qui ne sont pas fameuses, (contretype de fax) mais ce sont les seules qu’il possède.
Ce fier officier, Léopold Coadou est son grand-père, qui travaillait à la Worms avant la dernière guerre ; il commandait le Normanville (l’autre photo) et disparut en mer en 1937. Il ne sait rien de plus, et espère qu’un lecteur d’Escales pourrait (qui sait ?) lui donner quelques détails sur les circonstances de sa disparition. Il croit savoir (sans aucune certitude) que son grand-père serait tombé à la mer pendant une réparation, suite à une avarie. C’est tout ce qu’il connait de la tragédie, mais vous, peut-être…

Les bonnes intentions (maritimes) du Québec

• Carte postale Québécoise – En octobre 2002, avec quelques siècles de retard (mais bon, mieux vaut tard que pas du tout), le gouvernement du Québec a institué, par décret officiel, que le quatrième mardi d’octobre de chaque année serait dorénavant la Journée Maritime Québécoise. Cette journée servira à la promotion et à la valorisation de notre Mer à nous et des activités industrielles maritimes qu’elle supporte. Ce faisant, le Québec a désormais sa journée maritime officielle en tant que nation, à l’instar d’autres pays et organisations tels entre autres le Danemark, les États-Unis, l’Europe et l’Organisation Maritime Internationale. La première Journée Maritime Québécoise – officieuse – avait été instaurée en 2001 par la Société de Développement Economique du Saint-Laurent (SODES) en collaboration avec d’autres organisations maritimes, notamment l’Association Armateurs du Saint-Laurent (ASL).
• Le mardi 28 octobre 2014 marquera donc la 14ᵉ édition de cet événement annuel qui permet aux représentants de l’industrie maritime de rencontrer les élus de l’Assemblée nationale du Québec afin de les informer des grands enjeux de l’heure. La Journée est également une vitrine de choix pour exposer à la population et détailler l’importance de ce secteur au pays et dans l’économie mondiale. Cette année, le thème de la JMQ est « stratégiquement maritime ». Stratégique en effet : depuis 2002, le gouvernement travaille au développement d’une politique de transport maritime et fluvial, majorée récemment en stratégie maritime, au cœur de la relance de l’économie nationale du Québec. Suivent ici dans les documents ministériels et gouvernementaux officiels les mots creux d’usage dans les bouillies pour les chats : cohérence, développement durable, plan d’action, compétitivité, décideurs, emplois de qualité, innovation, émissions de GES, partenariats…
• Peu importe, pas besoin d’être un grand mage pour constater que le Québec n’a simplement plus le choix, et quelques siècles de retard. Lire la suite ‘Les bonnes intentions (maritimes) du Québec’

Risque de bousculade autour des phares

Outre l’important colloque du 6 et 7 novembre à Pierrefitte, présenté hier sur Escales, deux autres manifestations nous sont signalées aujourd’hui. Risque de bousculade…
• D’une part, à Six-Fours (83), sera lancé le 30 octobre l’opération Med-Phares, pour la mise en valeur du patrimoine historique et culturel lié à la navigation et la signalisation maritime. Le projet rassemble cinq partenaires. le Conservatoire des Côtes de Sardaigne (Italie ), le Conservatoire du littoral (France), l’Agence de Protection et d’Aménagement du Littoral (Tunisie), la Municipalité de Tyr (Liban), l’Association Society for the Protection of Nature in Lebanon (Liban).
Son objectif principal est de définir des stratégies pour la gestion intégrée des phares, sémaphores et balises qui constituent des éléments uniques du patrimoine historique et culturel de la zone méditerranéenne.
– Conférence publique le 30 octobre 2014 de 8 h 30 à 12 h 30, Salle Alphonse Daudet – 100 avenue Maréchal de Lattre de Tassigny à Six-Fours les Plages.
Entrée libre.
• D’autre part, en Bretagne, le Cercle de la Mer de Lorient (56) organise le 4 novembre une conférence sur les phares animée par Jean-Michel Kervadec. Sujet : l’histoire et la construction des phares autour de la presqu’île de Quiberon : Teignouse et Birvideaux.
– Rendez-vous : à Lorient, salle Belle-Île du Celtic Submarine – 4 novembre, 18 h 30. Renseignements : cerclemerlorient@wanadoo.fr

Pour ne pas laisser mourir les phares maritimes

Vieille 101-0106_IMG101-0110_IMGC’est une initiative qui réjouira tous les passionnés de patrimoine maritime. Les 6 et 7 novembre se tiendront deux journées d’études consacrées aux phares dont l’histoire et la force symbolique sont appréciées du public. Organisées par les Archives Nationales en partenariat avec le ministère de l’Ecologie, du Développement durable et en collaboration avec l’Ecole des Ponts et Chaussées ParisTech, elles portent en sous-titre « De la collecte à la valorisation ». En soi, tout un programme…
• De nombreux intervenants (1), de haut niveau et toutes disciplines, traiteront des multiples aspects du sujet, dont l’objectif est de mettre en lumière la richesse de ce patrimoine d’exception (matériel et immatériel). Dans un second temps, les organisateurs envisagent de fédérer et mettre en ligne, des fonds et collections complémentaires émanant de sources crédibles, nationales ou privées, grandes ou locales.
Il s’agit donc d’initier un vaste mouvement de mémoire portant sur l’histoire, la vie et le fonctionnement des phares , témoins directs de la civilisation maritime d’autrefois.
Autant dire que l’idée rejoint exactement les préoccupations d’Escales Maritimes qui font de la culture et de l’écologie marines leurs principaux sujets d’intérêt. Nous suivrons de près l’évolution à venir de cette initiative.
• La réunion (6 et 7 novembre 2014) est ouverte à tous, professionnels de la mer, la recherche, la culture, l’enseignement, etc. ainsi qu’au grand public passionné de patrimoine marin. Entrée libre.
Lieu : Archives Nationales, 59 rue Guynemer – 93380 Pierrefitte-sur-Seine. (Métro ligne 13 : Saint-Denis-Université).
Contacts : Vincent Doom (vincent.doom@culture.gouv.fr)
Vincent Guigueno (vincent.guigueno@developpement-durable.gouv.fr)
• Image - Un patrimoine unique mais menacé, comme en témoignent ces deux clichés de La Vieille, dans le Raz de Sein (photos Mor Glaz).
(1) Que nous  regrettons de ne pouvoir citer ici.

Les deux ennemis ont passé 70 ans sous la mer…

Les épaves d’un sous-marin allemand de la dernière guerre, ainsi que celle d’un cargo allié, viennent d’être retrouvés à une cinquantaine de kilomètres des côtes de Caroline du Nord. L’un serait le cargo Bluefield, l’autre le U-576.
Selon Le Monde, les circonstances de l’affrontement (15 juillet 1942) seraient les suivantes : le U-576 a attaqué et coulé le Bluefield, mais un autre cargo armé l’Unicoi l’a canonné tandis qu’ un appareil de la Navy, chargé de la protection du convoi, le bombardait avec succès. Le submersible a alors coulé juste à côté de sa victime ; ils gisent à 220 m l’un de l’autre.
Ce sont des recherches menées par l’Agence américaine océanographique et atmosphérique (NOAA) qui ont permis de découvrir les restes des deux navires.
Le lieu où repose l’épave du sous-marin est considéré comme un cimetière militaire par l’Allemagne, il est protégé par la loi internationale.

Les escales du banc des menteux

image001 Où Kerdubon s’amuse des plaisanteries licencieuses des dockers bordelais – Ils braillaient en chœur Le plus beau tango du monnnnde ! … et dansaient sur les sacs de ciment bien alignés dans l’entrepont deux, où jeune pilotin, je pointais la marchandise embarquant sur un cahier. Celui-ci ne serait probablement jamais parcouru, mais était censé faire respecter les règlements d’assurances maritimes, qui voulait que chaque commandant de navire soit au courant de ce qu’il transportait. Cessez !… vous allez les casser !… protesta le contremaître constatant que son équipe de dockers était déjà bien allumée par la bibine volée dans les cartons avec plus ou moins la complicité du matelot calier, mis en doublure du pointeur… justement pour éviter cela ! Ils avaient pour cavalières… tout un lot de mannequins féminins, dont se débarrassait un grand magasin bordelais, qui les envoyait charmer les Africains dans une de ses succursales coloniales.
- Avant la conteneurisation, chaque colis, chaque caisse, et tout matériel embarqué à bord d’un navire, était soigneusement arrimé dans les cales par une foule de dockers. Vinrent alors les palettes… c’était un progrès et permit la mise en cale d’élévateurs… des clarks comme on disait !… souligna Henri un habitué du banc des menteux.
– Lors du débarquement de la cargaison arrivée à bon port, un énorme éclat de rire général résonna jusque dans le bureau du second capitaine, qui accourut… remettre de l’ordre. Les kroomen noirs faisant office de dockers, cessèrent de travailler, et même de parler. Ils se groupèrent autour de ces femmes blanches. Pratiquement aucun, n’avait eu l’occasion d’en avoir vu une ainsi… dénudée. Chacun les toucha… non par vice, mais pour se prouver… qu’il ne rêvait pas. Ceux des autres cales quittèrent leur boulot et vinrent les rejoindre… les commentaires alimentèrent leur conversation plusieurs jours durant. Mon vié !… dit l’un d’eux… c’est cochon trop !Comment çà ?… dis-je. Et j’ai remarqué que les dockers bordelais avaient soigneusement arrimé… le troupeau d’oiselles en plâtre, conformes aux canons de la beauté, aux couleurs rose chair et aux maquillages réalistes. Elles étaient allongées… tête-bêche… de telle façon qu’entre les paires de jambes écartées, les têtes ne soient pas abîmées ! En effet !… mon ami… c’est osé !… mais comme çà, elles n’ont pas du s’ennuyer pendant le voyage !… ce qui eut pour effet immédiat, de déclencher le rire général qui se répandit de cale en cale. Le plus drôle, c’est qu’aux pointages, l’une des belles emplâtrées avait disparu. Peut-être préféra-t-elle voyager en cabine !… On la retrouva bien plus tard dans un placard à balais de la coursive équipage. Bien entendu, elle resta muette et orna de sa présence le carré. Un rigolo avait peint à l’encre de chine… je ne vous dirai pas qui… une grosse araignée à l’emplacement dissimulé par une jupe en toile que lui confectionna le bosco !
– Tel est beaux Messieurs mon rapport des dires de Kerdubon.
Signé : Planchet

Les grandes manœuvres des canaux maritimes

On assiste actuellement à une accélération de la compétition entre les grands canaux maritimes, points de passage obligatoires pour les liaisons internationales.
Ainsi, le Canal de Suez va accroître sa capacité par le creusement de deux voies nouvelles parallèles au canal actuel, l’une de 50 km, l’autre de 25 (240 m de large).
En 2011, on apprenait coup sur coup, l’intention de la Turquie de doubler le Bosphore par une voie d’eau de 50 km parallèle au détroit naturel, puis le percement d’un « Panama 2 » reliant les deux océans et traversant le Nicaragua ; il serait financé par la Chine. Actuellement (2014), le canal de Panama (le vrai) procède à un élargissement de ses capacités avec la création d’un troisième jeu d’écluses (un quatrième serait à l’étude).
Si ce ne sont pas des grandes manœuvres, ça y ressemble beaucoup.

Quand la démocratie pirate change l’ordre social

barbe noire« Je suis maintenant obligé de devenir pirate pour vivre et c’est bien malgré moi »
(Stephen Smith, pirate, à un officier de la Royal Navy).
• On ne peut comprendre la piraterie sans considérer les conditions de vie épouvantables que subissent les marins à la fin du XVIIᵉ siècle, marins bien souvent enrôlés de force ou n’ayant pas d’autre issue que de fuir des conditions de vie encore plus misérables. Dans la Navy, les officiers n’imaginent pas qu’un navire puisse avancer sans que les marins ne soient brutalisés. Leur pouvoir disciplinaire symbolisé par le chat à neuf queues (1) n’a comme seule limite que la mort du marin.
La pénurie de nourriture et les mauvais traitements sont quotidiens avec comme conséquence les maladies et une espérance de vie très réduite. Certains capitaines sont littéralement des barbares allant jusqu’à assoiffer l’équipage alors que des barils d’eau douce reviennent au port. Les officiers sont corrompus, les soldes sont misérables et quelquefois non versées.
Face à cela, les marins développent une culture de la solidarité – « Ils ne faisaient qu’un et ils étaient tous résolus à compter les uns sur les autres ». La première des grèves de l’histoire se déroule dans les docks de Londres en 1768. Elle est le fait de marins.
• Changer l’ordre social, tel est le but ultime de la piraterie.
On entre en piraterie par la révolte, suivie de l’émeute alimentée par une soif de vengeance. Les bateaux pirates dont le nom comporte le mot « Revenge » sont légion. Lorsque Roberts capture le gouverneur de la Martinique qui avait fait pendre des membres de sa « fraternité », il le pend à la vergue de son propre bateau. Un pendu contre un autre la spirale de la violence ne s’arrêtera plus qu’à la capture du dernier pirate.
Une fois entrée en piraterie, par la mutinerie, commence l’expérimentation du nouvel ordre social. Là où les commentateurs ne voient que le désordre, s’élabore en réalité une société très codifiée. La mutinerie est généralement suivie d’un conseil de guerre, sorte d’assemblée populaire de tous les marins. Une charte est rédigée et chacun prête serment de la respecter.
• La loi commune est toujours la même : éliminer les rapports de domination, vivre libres et égaux et partager équitablement la propriété. L’obsession des marins est de se protéger du despotisme et des abus qu’ils ont connus dans leur vie antérieure. Mais ils ne rejettent pas pour autant toute autorité quand la situation l’exige.
Les pirates instaurent avant Marx la propriété collective des moyens de production : le navire, les captures. Ils abolissent ainsi la relation salariale et deviennent des associés.
Le conseil commun (assemblée de l’équipage) qui se réunit régulièrement autour d’un bol de rhum et dont les débats sont houleux est souverain. Aucun capitaine n’oserait passer outre une décision du conseil. Lorsqu’un capitaine est démis de ses fonctions il est « remis au pied du mât », c’est-à-dire qu’il redevient simple matelot.
Un nouveau gouvernement du navire s’installe. La plus haute autorité légitime du bord est le quartier-maître. Chez les pirates, c’est un officier. Élu par l’équipage, il est chargé de le représenter. Il tient la décision ultime qui s’impose au capitaine dont il contrôle les actions. C’est le quartier-maître qui répartit la nourriture (point crucial de la vie du bord) et partage le butin en parts égales, sauf pour les officiers qui ont une part et demi et quelquefois deux pour le capitaine. L’argent et les valeurs sont stockés dans des coffres placés dans l’entrepont et ouvert à tous. Il ne viendrait à l’idée de personne de se servir sans demander l’accord du quartier-maître. C’est aussi le quartier-maître qui sélectionne le groupe d’abordage dont les nouveaux venus sont généralement exclus. Lire la suite ‘Quand la démocratie pirate change l’ordre social’


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