Vente des hardes au pied du mât sur les grands voiliers

Immersion  en mer - Tableau d'Anton FischerA l’époque de la voile au travail alors que le taux de mortalité chez les mineurs était de 1,5 %, il atteignait 6 % chez les marins du Commerce et de la Pêche, ce qui représentait 6 000 inscrits maritimes civils décédés en activité au cours de la dernière décennie du XIXᵉ siècle (1). Les long-courriers et notamment les cap-horniers ont payé un lourd tribu en vies humaines. En cas de décès en cours de voyage par accident ou par maladie, se posait la question du devenir des hardes (2) et des objets personnels du marin. Trois cas se présentaient : si la cause de la mort était une maladie contagieuse ou suspectée telle, tout était jeté à la mer, y compris la paillasse (3). Si le marin avait pris la précaution de rédiger un testament, celui-ci était scrupuleusement respecté par le capitaine et ses effets attribués soit à la famille par l’intermédiaire de l’Inscription maritime au retour en France soit distribués à bord aux camarades du défunt.
À défaut de testament, dans les longs voyages lorsque des matelots imprévoyants n’avaient plus rien à se mettre sur le dos, le capitaine pouvait décider la vente des hardes du marin décédé aux enchères au plus offrant, au pied du grand mât. Le produit de la vente était déposé à la Caisse des Invalides de la Marine qui le reversait aux héritiers. Ce fut le cas par exemple pour les effets du matelot François Chesnais, 35 ans, inscrit maritime à Dinan, décédé et immergé en mer le 5 juin 1879 à 120 milles dans le sud du Cap-Horn à bord du 3-mâts Bordes Garonne 1873.
La vente aux enchères a rapporté 616,30 francs. La montre et la chaîne ont été adjugées 116 frs, un vêtement complet 71 frs, les bottes et les sabots 9,50 frs, le ciré complet 6, 50 frs, deux sacs en toile 3 frs. Ont été également mis en vente : 1 drap, 2 oreillers, 11 chemises, 2 vareuses, 5 pantalons dont 3 en toile, 2 caleçons, 2 flanelles, 1 casquette, 2 cravates, 3 serviettes, 2 paires de chaussettes, 2 paires de chaussons, 2 chapeaux, 3 couteaux, 1 pipe, 1 boîte à ouvrage, glace, peigne et brosse. Par rapport au trousseau moyen du marin cap-hornier, François Chesnais était particulièrement bien gréé.
Ces inventaires après décès, annexés aux rôles d’équipage, fournissent des renseignements intéressants sur la personnalité du marin concerné : prévoyant comme Chesnais ou insouciant comme tant d’autres. Les trois mois d’avances de solde avant le départ en voyage devaient permettre au marin de renouveler son équipement mais rien ne l’y obligeait et certains joyeux lurons célibataires préféraient dépenser leur pécule à faire la ribote dans les caboulots du port. Huit à dix mois d’abstinence et de privations de toutes sortes les attendaient à nouveau sans parler du possible « trou dans la salée » (4). On peut rétrospectivement les comprendre.
Claude Briot
(1) Encontre : Les travailleurs de la mer. Thèse soutenue en 1912.
(2) Hardes : Tout ce qui est d’un usage ordinaire pour l’habillement (Littré).
(3) Matelas de balle d’avoine ou de varech appelé « trois vingt sous » soit 3 francs, prix qu’il avait coûté au marin.
(4) Mort et immersion en mer en parler matelot de la voile au travail.
• Illustration : Tableau d’Anton Fischer montrant la cérémonie d’immersion d’un mort en mer sur un clipper anglais. Louis Lacroix : L’Age d’Or de la Voile. Réédition 1999. Une telle image sur les grands voiliers français est quasiment inexistante.

En Afrique, la pêche aux diamants est ouverte

ATDRchalutierpourdiamants-f165b469Décidément l’exploitation vertigineuse des ressources de la mer ne connaît pas de limites. Après les animaux marins, les algues, les sables, les nodules de manganèse, voici le tour… des diamants !
De Beers, le grand producteur de diamants (60 % des diamants bruts extraits dans le monde passent par elle), vient de commander à un chantier norvégien un chalutier pour pierres précieuses très sophistiqué. Il s’agit, d’un bâtiment de 113 m sur 22 de large accueillant chercheur,s ouvriers et techniciens ; tout confort à bord pour 80 personnes.
Dès 2016, il travaillera en collaboration avec un navire-usine positionné à 15 km des côtes namibiennes et draguant le sable à 120 m de profondeur. C’est là que se trouvera le bâtiment. Il faut savoir que dans cette région on ne mine pas, on suit le chemin des diamants via les cours d’eau. En partant de la mine de Kimberley, au centre de l’Afrique du Sud, on en trouve sous le sable en descendant la rivière Orange, notamment à son embouchure.
• Photo Marin Technikk.

Le mois du hareng en Haute-Normandie

971Les ports de Haute-Normandie se donnent la main pour célébrer en novembre le poisson roi : sa majesté le Hareng. Une rafale de festivités gustatives, musicales, spectaculaires et documentaires à la gloire d’une ressource qui a toujours été un moteur de l’économie locale.
En fait, un mois durant tous les ports harenguiers vont décliner différentes réjouissances maritimes en l’honneur du généreux poisson.
Programme :
Etretat : 1ᵉʳ novembre – L’ébreuillage des harengs (les préparatifs auront lieu la veille).
Le Tréport : 8 (soir) et 9 novembre (midi).
Dieppe : 15 et 16 novembre (Foire aux harengs et à la coquille Saint-Jacques)
Saint-Valéry-en-Caux : 23 novembre.
Fécamp : 29 et 30 novembre.
Auxquels s’ajoutera Lieurey (Eure) le 11 novembre.
Copieux ? Non, plus que ça !
• Ajoutons que l’Association le Dundée Indépendant dont Escales a déjà longuement parlé, prépare pour le 28 novembre à Fécamp, un dîner-spectacle dont vous me direz des nouvelles… En particulier l’élection de la Reine du Hareng !
Inutile de préciser que si vous souhaitez passer un moment maritime agréable, vous avez le choix. Profitez-en !
Athos
• Image – Office du tourisme, Fécamp.

Pseudo-Quiz n°150 – Testez vos connaissances

Attention, pseudo-Quiz perfide…
Dans la vieille marine (toujours elle !), dans quelles circonstances faisaient-on appel aux moines sur les bâtiments hauturiers?
Pas évident, n’est-ce pas ? Même le capitaine Graor ne doit pas savoir…
• Réponse à la fin du prochain pseudo-Quiz.
Réponse au pseudo-Quiz 149 : Un « craquelin » est un navire (ou une embarcation) mal conçu ou mal construit. Il se signale par ses bois qui jouent et craquent ; il ne durera pas longtemps. Premier bon répondant Camille Gouzien, un quart d’heure après publication… suivi de près par Gilles Weber et François Brose.
Précision de ce dernier : on appelle aussi craquelin certaines variétés d’algues marines qui craquent au séchage ; elles auraient donné le surnom aux bateaux mal fagotés.

Organiser l’archéologie sous-marine européenne

Un groupe d’experts composés de chercheurs de 11 pays (dont la France, représentée par l‘Ifremer) s’est intéressé à l’étude de notre patrimoine culturel submergé sous nos eaux côtières. Certains sites, aujourd’hui noyés, ont des dizaines de milliers d’années. De leur découverte jusqu’à leur analyse, de nouvelles collaborations scientifiques telles que l’archéologie, l’océanographie et les géosciences, sont nécessaires.
• Pendant les périodes glaciaires successives du dernier million d’années, le niveau de la mer a chuté à plusieurs reprises, parfois jusqu’à 120 m ce qui a profondément modifié la vie végétale et animale, voire humaine…
Ce domaine est au cœur du nouveau document d’orientation de l’European Marine Board, intitulé « De la terre sous les vagues ».
• Du fait de son évolution rapide, il est donc crucial d’étudier l’histoire préhistorique de l’Europe à l’échelle des bassins maritimes.
Cela peut se faire en encourageant le signalement des découvertes, mais aussi par la cartographie, la protection et, le cas échéant, l’extraction de pièces archéologiques.
Jan Mees, président de l’European Marine Board, souligne l’importance du choix : Notre patrimoine culturel submergé n’est pas une ressource renouvelable ; c’est un atout culturel unique et irremplaçable qui peut fournir des réponses à de nombreuses questions scientifiques, au sujet de nos ancêtres préhistoriques, des paysages et du climat.

Les grandes courses ne sont pas notre tasse de thé

Escales Maritimes, qui se place délibérément en dehors des circuits commerciaux, ne se croit nullement obligé de faire la pub des courses en mer sponsorisées. La mer-spectacle, la voile business, ne sont pas son affaire. C’est la raison pour laquelle nous n’abordons que très rarement ces sujets, souvent sur la pointe des pieds, toujours d’un œil critique. C’est pourquoi, aussi, nous ne nous mêlerons pas au concert commercial de la Transat qui se prépare à Saint-Malo. Notre intérêt est ailleurs.
• En revanche, nous saluons bien bas les skippers qui vont se lancer dans l’aventure, non pas parce qu’ils sont plus forts que les autres, mais parce qu’ils vont affronter seuls, un océan entier, dans des conditions de mer toujours sévères. Bonne route et bons vents à eux !
Il fallait que ce soit dit, c’est fait !
Aramis

C’était Cancale, hier ou avant-hier…

CancaleOui, c’était comme ça à Cancale… Le port, devenu « capitale de l’huître » s’était fait une spécialité de la drague du précieux coquillage en Baie du Mont-Saint-Michel. Dans les années 20, en avril, la caravane (une centaine de voiliers) s’élançait à la traque des huîtres sauvages, sous l’œil attentif de contrôleurs maritimes.
L’outil était adapté à sa tâche. Il fallait des voiliers puissants, fortement voilés, capables de traîner leurs dragues métalliques sur les sables de la Baie. Ce fut le rôle dévolu aux bisquines qui comptent parmi les plus beaux voiliers de pêche traditionnelle. On en voit deux sur l’image, béquillées bien droites sur la plage.
• Au retour, les huîtres étaient entassées sur l’estran, livrées à l’expertise des femmes (et des enfants) qui devaient les juger une à une dans des délais aussi courts que possible.
C’est ce que l’on voit sur cette image où les préposées n’ont pas l’air affectées par l’énormité du travail qui les attend. Dur métier cependant, exigeant de l’expérience et du coup d’œil pour trier et calibrer les délicieux mollusques qui seront classés par catégories et livrés en bourriches .
Evidemment, ces pratiques ont bien changé depuis. L’élevage a pris la relève. On ne drague plus les huîtres à la voile, les pêcheurs se sont faits ostréiculteurs, et les huîtres naturelles sont devenues des exceptions. Le tri n’est plus ce qu’il était.
Cette carte postale a le mérite de nous rappeler ce que fut la vie des petits métiers maritimes, à Cancale, hier ou avant-hier…

Le beau langage de la Marine

Décidément, le bouquin de l’excellent Pierre Sizaire (Le parler matelot) est inépuisable… Nous lui empruntons – avec respect – ces jolis mots qui ont fait notre régal ; espérons qu’ils feront le vôtre.
Les marins de Berck sur leurs célèbres flobarts ne dédaignaient pas les « spiritueux » ainsi qu’on désigne les boissons alcoolisées dans la Marine. Ils buvaient volontiers l’âpre roustintin, le superbe tousensemble et la célèbre bistouille. Il y avait de cette dernière plusieurs versions dont la bistouille tricolore à composition délicate, sans doute trois alcools mélangés. On ne la trouvait qu’au barteu ce débit de boisson-épicerie-tabac uniquement fréquenté par les pêcheurs.
Ces derniers en sortaient parfois très tard, bien chargés dans les hauts, tirant des bords de facteur pour rentrer chez eux.
Rien que des mots savoureux valant qu’on trinque à leur mémoire…

Ebola : cette fois, l’Etat réagit vite

Inutile de rappeler que dans la propagation du virus Ebola, les professionnels de la mer sont en première ligne. Hier, le secrétaire d’état aux Transports à la Mer et à la Pêche a annoncé de nouvelles mesures de renforcement de la sécurité. La période d’incubation peut se dérouler pendant le transport, ce qui rend les contrôles à l’arrivée indispensables a-t-il précisé. Ce crédo est repris par la ministre des Affaires sociales et de la Santé qui indique que des services indépendants devront appliquer des tests de température aux marins comme aux passagers de navires en provenance de zones à risque, partis depuis moins de trois semaines.
Précision qui permet de mesurer l’urgence : ces mesures devraient être applicables dès aujourd’hui.

Escales lance une bouteille à la mer

normanville  grand pereNormanville 2Un vieil ami d’Escales Maritimes nous transmet ces deux images qui ne sont pas fameuses, (contretype de fax) mais ce sont les seules qu’il possède.
Ce fier officier, Léopold Coadou est son grand-père, qui travaillait à la Worms avant la dernière guerre ; il commandait le Normanville (l’autre photo) et disparut en mer en 1937. Il ne sait rien de plus, et espère qu’un lecteur d’Escales pourrait (qui sait ?) lui donner quelques détails sur les circonstances de sa disparition. Il croit savoir (sans aucune certitude) que son grand-père serait tombé à la mer pendant une réparation, suite à une avarie. C’est tout ce qu’il connait de la tragédie, mais vous, peut-être…


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